Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
le métier à tisser
a été fixé
sur deux pirogues
ma vie songe l’Algérienne
qui assiste à la traversée
vers l’île
ils vont Théo et elle
vivre là-bas
traverser encore
soupire l’Algérienne
Théodore au fait
des émeutes
a réussi à la convaincre :
de l’autre côté de l’île
une maison sur pilotis
au cœur de la mangrove
pour s’abriter
des assaillants
étouffante forêt
les racines aériennes
des arbres
leur font une silhouette
animale
l’océan pénètre la forêt
les crocodiles s’adaptent
se laissent porter
troncs morts animaux
dans la maison les rats
parfois empruntent
l’échelle qui mène
à l’étage
des rats dans la maison
l’Algérienne s’assombrit
aucun voisin
plus de Shulla
et le rivage est si rocheux
qu’on ne peut aller nager
Théo retourne au village
en rapporte des nouvelles
désastreuses
la guerre dit-il
l’Algérienne
prête aux nouvelles
une oreille distraite
elle fomente sa fuite
B
Odilon habite
avec la blonde
la maison bleue
jours paisibles
de conversation
de lectures
de cuisine
d’amour oui
il est 4 pm
ils ont marché jusqu’à
la buvette du Km15
lorsque le ciel s’obscurcit
un énorme nuage sombre
s’élève là-bas
côté maison
alors qu’ils rebroussent
chemin
l’odeur âcre
arrive jusqu’à eux
prémisse d’un spectacle
d’anéantissement
on ne peut aller plus avant
la maison est en feu
rouge et jaune
hautes flammes
sur ciel noir
le feu rugit
et dévore
l’intérieur
vidant la construction
ils sont restés
les pieds dans l’eau
assistant à l’enfer
personne autour
de la maison bleue
aucun secours
à 6 pm
piliers et charpente
encore en feu
encadrent le vide
de la maison incendiée
à 9 pm
un tapis de
cendres incandescentes