Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
la saison des pluies
s’achève
après les boues rouges
une terre sèche
dure
craquelée
les geckos soudain
se décollent
petit ploc de ventouse
ça tombe des murs
et remonte aussitôt
GPS réactivé
on a traversé la mer
oublié
printemps
été
automne
hiver
j’aimerais porter un manteau
une fourrure même
se dit l’Algérienne
B
sur la terrasse
de la maison bleue
on peut voir
deux personnes attablées
immobiles face à l’océan
à leurs pieds
un gros chien assoupi
la femme
porte une tasse
à ses lèvres
Odilon se tourne vers elle
il lui parle
ceux qui passent
sur la plage
pêcheurs
ouvriers
de la conserverie
notent un changement
dans la maison bleue
la blonde n’a pas demandé
à son amant
de partir avant le jour
comme à son habitude
Odilon aime
lui raconter le monde
(les récits d’Odilon sont
comme un livre
écrit pour elle)
il évoque Socrate :
trois critères pour
estimer la rumeur
1. est-on sûr que c’est vrai ?
2. ce qu’on colporte est-il bon ou méchant ?
3. ce que l’on dit est-il utile ?
la blonde sourit
il faudrait chez Félicité
afficher ce vadémécum