Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/33)

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Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

la saison des pluies

s’achève

après les boues rouges

une terre sèche

dure

craquelée

 

les geckos soudain

se décollent

petit ploc de ventouse

ça tombe des murs

et remonte aussitôt

GPS réactivé

 

on a traversé la mer

oublié

printemps

été

automne

hiver

 

j’aimerais porter un manteau

une fourrure même

se dit l’Algérienne

 

B

sur la terrasse

de la maison bleue

on peut voir

deux personnes attablées

immobiles face à l’océan

 

à leurs pieds

un gros chien assoupi

 

la femme

porte une tasse

à ses lèvres

Odilon se tourne vers elle

il lui parle

 

ceux qui passent

sur la plage

pêcheurs

ouvriers

de la conserverie

notent un changement

dans la maison bleue

 

la blonde n’a pas demandé

à son amant

de partir avant le jour

comme à son habitude

 

Odilon aime

lui raconter le monde

(les récits d’Odilon sont

comme un livre

écrit pour elle)

il évoque Socrate :

trois critères pour

estimer la rumeur

1. est-on sûr que c’est vrai ?

2. ce qu’on colporte est-il bon ou méchant ?

3. ce que l’on dit est-il utile ?

 

la blonde sourit

il faudrait chez Félicité

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