Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
ciel pâle
au-dessus de
la nuit qui s’efface
l’Algérienne entend vivre
ce moment de grâce
avant de se mettre
au travail
l’apparition progressive
du soleil
découpe entre ombre et lumière
ce qui fut pelouse
une aire de paille
si jaune soudain
l’air de la nuit
sensible encore
dans la clémence
du petit matin
avant que la chaleur
ne monte
que le soleil ne morde
et qu’il faille s’en cacher
si l’eucalyptus là-bas
à la lisière de ce qui fut
pelouse n’offre
qu’une pauvre ombre trouée
son odeur construit l’espace
et son tronc en lambeaux
découvre un cœur rouge
odorant
l’Algérienne s’assied
sur un amas de feuilles
oblongues
au pied de l’arbre
elle observe la progression
de la lumière
et emplit ses poches
de feuilles d’eucalyptus
qui alimenteront
la coupelle de cuivre
où elle les brûle
pour l’odeur
B
elle erre nue
dans la maison bleue
un sari de wax
non
essaye alors une tunique
d’homme
pour le rouge sombre
si intense
partagée la blonde
entre vêtements familiers
ceux que l’on porte
sans se poser de question
et une inclinaison à
s’adapter
assise nue
dans le grand fauteuil d’osier
face à l’océan
elle s’émiette
en interrogations
inopiné souvenir de Purcell
l’air du froid
et en suite logique
ô solitude
la blonde branche
la platine
y pose le grand vinyl
immergée
dans cette musique
inscrite au corps
elle conçoit le projet
de revoir parmi ceux qui
comme elle
ont pris racine
sur la terre chaude d’Afrique
quelqu’un
quelqu’une