Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/12)

©John Robert McPherson/WikiCommons

Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

ciel pâle

au-dessus de

la nuit qui s’efface

 

l’Algérienne entend vivre

ce moment de grâce

avant de se mettre

au travail

 

l’apparition progressive

du soleil

découpe entre ombre et lumière

ce qui fut pelouse

une aire de paille

si jaune soudain

 

l’air de la nuit

sensible encore

dans la clémence

du petit matin

avant que la chaleur

ne monte

que le soleil ne morde

et qu’il faille s’en cacher

 

si l’eucalyptus là-bas

à la lisière de ce qui fut

pelouse n’offre

qu’une pauvre ombre trouée

son odeur construit l’espace

et son tronc en lambeaux

découvre un cœur rouge

odorant

 

l’Algérienne s’assied

sur un amas de feuilles

oblongues

au pied de l’arbre

elle observe la progression

de la lumière

et emplit ses poches

de feuilles d’eucalyptus

qui alimenteront

la coupelle de cuivre

où elle les brûle

 

pour l’odeur

 

B

elle erre nue

dans la maison bleue

 

un sari de wax

non

essaye alors une tunique

d’homme

pour le rouge sombre

si intense

 

partagée la blonde

entre vêtements familiers

ceux que l’on porte

sans se poser de question

et une inclinaison à

s’adapter

 

assise nue

dans le grand fauteuil d’osier

face à l’océan

elle s’émiette

en interrogations

 

inopiné souvenir de Purcell

l’air du froid

et en suite logique

ô solitude

la blonde branche

la platine

y pose le grand vinyl

 

immergée

dans cette musique

inscrite au corps

elle conçoit le projet

de revoir parmi ceux qui

comme elle

ont pris racine

sur la terre chaude d’Afrique

quelqu’un

quelqu’une