Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
c’est la lumière
qui lui ouvre les yeux
l’Algérienne se lève
dès que le jour pointe
elle se dit parfois
qu’elle doit dormir en veille
( les mauvais jours )
d’autres fois elle sourit
au jour nouveau
sans se dire rien
prépare
(routine)
une écuelle de yaourt
avec banane et dattes
émincées
puis s’installe sous
l’auvent de la maison en terre
se remémore le sexe
avec Théo
et sourit
il est très tôt
lorsqu’elle s’installe
à son métier
le tapis rouge progresse
la couleur lui réchauffe
le cœur
air saturé humide
dans le ciel
un disque pâle
à l’heure du
soleil oblique
l’Algérienne s’étire
les mains posées
au creux du dos
en ce geste familier
de femme enceinte
l’Algérienne n’est pas
femme enceinte
elle part s’immerger
dans l’océan
puis flotte sur le dos
en étoile de mer
B
la blonde
aujourd’hui dans son diary :
23 avocats
4 tomates
5 bananes plantain
elle offre 18 avocats à Fatima
qui dédouble une de ses bassines
d’oignons
autour de Fatima
assise par terre
4 de ses neuf enfants
Rose l’aventurière
assiège la blonde :
une robe comme toi
tu m’en fais une ?
en un éclat de pensée
incongrue
sa petite robe jaune
sans manches
façon Jackie Kennedy
incongrue au fait
depuis l’indépendance
bizarre attachement animal
à un vêtement du passé
Rose je te la donne
ici
la semaine prochaine