Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/11)

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Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

c’est la lumière

qui lui ouvre les yeux

l’Algérienne se lève

dès que le jour pointe

 

elle se dit parfois

qu’elle doit dormir en veille

( les mauvais jours )

d’autres fois elle sourit

au jour nouveau

sans se dire rien

prépare

(routine)

une écuelle de yaourt

avec banane et dattes

émincées

puis s’installe sous

l’auvent de la maison en terre

se remémore le sexe

avec Théo

et sourit

 

il est très tôt

lorsqu’elle s’installe

à son métier

le tapis rouge progresse

la couleur lui réchauffe

le cœur

air saturé humide

dans le ciel

un disque pâle

à l’heure du

soleil oblique

l’Algérienne s’étire

les mains posées

au creux du dos

en ce geste familier

de femme enceinte

 

l’Algérienne n’est pas

femme enceinte

elle part s’immerger

dans l’océan

puis flotte sur le dos

en étoile de mer

 

B

 la blonde

aujourd’hui dans son diary :

23 avocats

4 tomates

5 bananes plantain

elle offre 18 avocats à Fatima

qui dédouble une de ses bassines

d’oignons

 

autour de Fatima

assise par terre

4 de ses neuf enfants

Rose l’aventurière

assiège la blonde :

une robe comme toi

tu m’en fais une ?

en un éclat de pensée

incongrue

sa petite robe jaune

sans manches

façon Jackie Kennedy

incongrue au fait

depuis l’indépendance

bizarre attachement animal

à un vêtement du passé

 

Rose je te la donne

ici

la semaine prochaine