Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
agitée l’Algérienne
elle remplace les rideaux en wax
par des rideaux noirs
opaques
pousse le lit
dans une encoignure
demande à Théodore
de fixer un cadenas
sur la porte de la chambre
Théo a beau insister
pour qu’elle vienne
habiter au village
chez lui
dans sa famille
jamais pense-t-elle
elle aime que Théodore
vienne chez elle
que ça se passe ainsi
l’Algérienne parfois
comme un poisson
sorti de l’eau
qui étouffe
manque d’air
ou plutôt d’eau
il faut respecter
son territoire
sa solitude
on a retrouvé une femme
tuée à coups de couteau
sous le mur de la caserne
érigé en bordure
de la forêt
des peurs anciennes
refluent
sans qu’elle puisse
les nommer
ce soir de grande agitation
la nuit s’éclaire
d’une lune rouge
l’Algérienne que l’océan
toujours console
part nager
dans la nuit
le ressac
la respiration du monde
(se dit cela chaque jour)
est pour elle
berceuse
l’Algérienne flotte
immobile
au gré des roulades
de l’océan
jusqu’à s’apaiser
cœur calme
cerveau off
B
la blonde ne craint pas la nuit
elle la savoure
et n’accepte l’idée
d’aller dormir
que pour rêver
la blonde chérit ses rêves
les paysages de ses rêves
l’apparition fortuite
de proches oubliés
d’inconnus aussi
qui hanteront
la journée du lendemain
comment cette fille
grande gigue forte en maths
qui lui offrit
sa première cigarette
rapplique-t-elle ici
dans la nuit africaine
elle s’appelait Hélène
la blonde prise de tournis
tous ces gens
tous ces noms
(oui leurs noms)
que j’ai pu rencontrer
j’aurais dû les écrire
en faire une archive
car les noms
sont des vivants
quand même
Hélène Amrot
de quel pays ?
nous étions
de tous les pays du monde
Hélène Amrot 1m 82
si pâle
la peau tavelée
de taches de rousseur
Irlande me semble-t-il
à moins que Danemark
l’Afrique était « chez nous »
Hélène Amrot
leur racontait ses
aventures sexuelles
avec le barman
du Tennis Club
la blonde et l’autre
(Françoise il lui semble)
l’écoutaient médusées
effrayées ou envieuses
selon
comment Hélène Amrot
a-t-elle resurgi
d’aussi loin
la blonde
que le rêve réveille
au petit matin
part jardiner