Festival de Cannes 2025 – État des lieux (5)

©Alice de Brancion

Jour 4 – Vendredi 16 mai 2025.

 

Les jours commencent sérieusement à se mélanger, le week end n’existe pas et le concept de repas est quelque chose d’aléatoire. Oui, c’est bien le 4e jour du festival de Cannes.

Mais alors, pourquoi cette impression de jet lag permanent ? Car, messieurs-dames, la première projection de film est généralement à 8h30, et pour ceux comme moi qui travaillent également pour la télévision et donc suivent toutes les montées des marches, cela fait maintenant 2 jours de suite qu’il y a une montée des marches de minuit. On parle donc d’amplitudes horaires de 8h30 à 00h45.


Loin de moi l’idée de râler, j’adore ces ambiances extrêmes, cela accélère le processus d’appartenance, d’épuisement et de déconne. Un terreau fertile pour faire une dépression en rentrant mais qui, sur le moment, donne le sentiment d’être très vivant.


Aujourd’hui, les FILMS AMÉRICAINS, ce qui veut dire public énorme, stars à gogo et photographes partout. Le protocole, très codifié – assez proche de ce que j’imagine de la cour sous Louis XIV, mais on y reviendra un autre jour – est en folie. S’ajoute à cela, les anciens légionnaires, triés sur le volet, qui font le service d’ordre du festival et les garde du corps des bijoux Chopard, debout pendant les projections pour surveiller les pierres de la taille de mon poing au cou des actrices et vous avec.


Une fourmilière hyper active pour des films qui ne m’ont pas transcendée malgré la présence d’Ari Aster, connu pour Midsommar, mélange de gore et de film psychologique, venu à Cannes pour un western moderne sous COVID : Eddington. Un casting de rêve : Joachim Phoenix, Pedro Pascal, Emma Stone et Austin Butler, une réalisation folle et un Joachim Phoenix toujours incroyable. Les trente dernières minutes sont superbes (et rachètent la longueur du film) mais les personnages féminins m’ont globalement déçue. Bref je ne peux pas ne pas vous conseiller ce film, même si bon, je m’attendais à autre chose.


Tout ça pour dire que lorsque les Américains sont là, ils font le show, et cette année, le show est politique.


Vers 21h, pour la montée des marches du biopic de Bono : Stories of surrender d’Andrew Dominik, Sean Penn est arrivé sur le tapis rouge accompagné de soldats ukrainiens. À sa boutonnière, le drapeau américain et le drapeau russe entrelacés. Autour de lui, sept hommes dont certains blessés de guerre : l’un très jeune portait un cache-œil, l’autre était amputé du pied. Tout cela très solennel.


Les Américains, s’ils ne font pas de grandes déclarations politiques chez eux semblent, à l’étranger, prêts à en découdre avec Trump.


Mais ce que je retiendrai avant tout, c’est la sortie, avant la foule, des soldats ukrainiens. Ils ont descendu les marches rouges, vidées de ses spectateurs. Seuls présents : les photographes et les techniciens se préparant pour la montée des marches suivantes, tous ceux dont on n’entend jamais parler mais dont le métier est de mettre en avant les autres. Ils ont décidé, unanimement et sans se concerter, d’applaudir les soldats ukrainiens. Pas de photo, pas de démonstration, juste cet instant.

C’était beau, ce moment ténu, hors champ.