Dieu rend visite à Newton

Dieu rend visite à Newton-détail couverture

Dieu et Newton, leur rencontre, en cette nuit de 1727.

« Parfois Dieu se lasse de sa forme de lumière et de silence. L’éternité lui donne la nausée, son manteau tombe. Nous voyons une ombre prendre forme parmi les étoiles, la nuit vient. Dans la maison de Newton à Londres, on se prépare sans le savoir à cette visite étrange. Tard le soir, une voiture arrive en glissant dans la pluie le long de la rue où habite Newton. Elle franchit le porche de la maison de Newton et vire dans la cour obscure. »

Dieu entre dans la maison, monte dans le bureau de Newton, immense pièce où règne le silence amassé par ce dernier tout au long de sa vie. Un domestique, muet de naissance, s’apprête à servir le thé de minuit. Mais « la faiblesse de Dieu, c’est le miracle. Dieu est incapable de considérer une situation humaine sans la transformer » et il ne peut s’empêcher de profaner « la loi sacrée de la pesanteur ». Le domestique lâche le plateau où se trouve le thé, au lieu de tomber le plateau s’élève vers le plafond, ainsi que la pipe que jette Newton furieux, l’épée qu’il saisit. Et le domestique, qui soudainement parle, vole !, reste « immobile, là-haut dans l’air à environ quatre mètres au-dessus de Newton »…

Newton finit par offrir à Dieu… une vie humaine, pour que Dieu se convertisse à l’humanité et non le contraire, pour qu’il éprouve la condition humaine, Dieu devient Claes Jensen, un simple marin, « tu es maintenant un être humain, en conséquence tu dois être initié aux conditions de vie des gens de peu, afin que rien ne puisse t’étonner dans la vie qui t’attend – ni les actes des autres ni ta propre douleur. » Dieu va alors recevoir des coups, des crachats, il va être humilié, il va devoir baiser la chaussure de Newton, avaler de la nourriture infâme, connaître la terreur, l’impossibilité de faire un miracle, l’impossibilité de l’amour, en cette nuit de Mars 1727, la nuit de la mort de Newton.

Mille ans avec Dieu, Dieu rend visite à Newton

Mille ans avec Dieu – Dieu rend visite à Newton, 1727, est le dernier texte de Stig Dagerman (1923-1954), écrit quelques semaines avant sa mort, avant son suicide à l’âge de 31 ans, avant, qu’après avoir fermé les fenêtres de son garage, il s’installe au volant de sa voiture et met le moteur en marche, son dernier texte – une vingtaine de pages – écrit d’une seule traite, sans rature, en une nuit d’insomnie, après une longue période de stérilité.

Récit court, récit dense, prologue inachevé d’un roman qui ne verra jamais le jour, récit étonnant, incandescent, conte philosophique, fantastique, apologue, qui s’avère être le récit–testament, l’oeuvre ultime, de l’auteur de « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ».

Mille ans avec Dieu – Dieu rend visite à Newton, 1727, Stig Dagerman, traduction du suédois par Olivier Gouchet, postface de Claude Le Manchec, Éditions de l’éclat, 2024