Le jeu de mots est usé mais rarement il a été aussi bien mis en scène que dans ce très beau spectacle de Tiago Rodrigues : le cœur des deux amants y palpite à l’unisson d’un chœur de comédiens, haletant et accordé jusqu’à l’ultime respiration. Ce court spectacle scande une histoire universelle et intime, pulsée par le rythme cardiaque d’une percussion qui soutient le phrasé respiratoire des deux comédiens.
Tiago Rodrigues, directeur du festival d’Avignon depuis l’an dernier, est d’abord un auteur de théâtre. A travers des textes singuliers, il poursuit une démarche originale très proche du plateau et des comédiens dont il ausculte avec attention la voix, le souffle comme dans le magnifique « Sopro » (2018) où il rendait hommage à la dernière souffleuse du théâtre de Lisbonne. Attentif à la palpitation des mots dans la bouche et le corps de leurs interprètes, il communiait avec son public dans « By Heart » (2014 au théâtre de la Bastille) expérience immersive d’apprentissage d’un sonnet de Shakespeare « par cœur ». Le souffle et le cœur, deux fondements organiques de la poésie de Tiago Rodrigues, constituent la raison d’être de ce duo à l’œuvre dans la partition subtile du « Choeur des amants », écrit et crée en 2007 à Lisbonne et dont l’auteur nous propose en 2024 une version augmentée du poids des années qui se sont écoulées, pour les amants et pour l’écrivain.
Dans une élégante scénographie minimale, sur fond de velours vert, les deux interprètes se positionnent face public et sur une inspiration simultanée commencent le récit de leur vie à deux. Dans une forme quasi opératique, leurs deux voix se superposent exactement, pour raconter leur histoire commune. Ils racontent ensemble, mais le point de vue de chacun demeure respecté puisque chaque interprète s’exprime à sa première personne : quand elle dit « je lui demande », il dit en même temps « elle me demande ». Rester soi tout en étant accordé à l’autre, c’est sans doute un des secrets de la réussite de ce couple (et pas seulement de celui-là ?). Pendant les premières minutes, seuls les pronoms varient tandis que la double voix articule très audiblement une course inaugurale contre la mort. La virtuosité technique est mise au service d’un rythme haletant qui immerge immédiatement le public dans une situation d’urgence : ces deux là sont au début de leur histoire et pourtant au bord de son exténuation. Une crise d’asthme risque d’emporter la jeune femme dans les limbes d’une disparition prématurée. La première partie nous maintient sur le fil de cette incertitude à l’issue de laquelle la vie reflue, et insuffle au récit son deuxième tempo, plus modulé, sur fond de leçon épicurienne. On respire.
Tiago Rodrigues raconte cette histoire simple, celle d’un couple qui va mener une vie à la fois épanouie et banale, émaillée de quelques aléas , quelques dissonances évoquées et mises en bouche par des ruptures et des jeux humoristiques avec l’unisson de référence. Tiago développe ici à la fois son phrasé et son attention à la fragilité de l’existence qu’il célèbre dans d’autres textes ( j epense à « Dans la mesure de l’impossible », ou à la pièce tout public « Tristesse et joie dans la vie des girafes » qui se débat aussi avec un deuil prématuré). Le parcours de ce couple resonne avec celui de à l’auteur lui-même, puisqu’il y est question d’une vie vouée au théâtre, d’une réussite qui s’est affirmée au cours des années. Mais cela est dit comme en passant, le théâtre est une manière comme une autre de trouver du sens à la vie. Rien n’a valeur d’exemplarité et jamais on ne nous donne ici de leçon. Tiago Rogrigues s’attache plutôt à rendre sensible la volatile beauté de l’existence qui ne tient qu’à une aspiration, jusqu’à la dernière. La pièce devient variation sur le temps qui passe, qui fuit, qui fugue. De la vivacité de la jeunesse au diminuando de la vieillesse, (en écho , on pense à l’hommage tendre rendu à sa grand-mère de By Heart ou à celui destiné à la souffleuse de Sopro), la vie s’écrit comme une balade et si elle s’achève dans une célébration un peu mièvre de la nature et de la filiation, c’est que l’accord harmonique a le dernier mot. Et comme dans une partition, avec « coda », le cycle pourrait recommencer. Tout simplement.
Choeur des amants.
Texte et mise en scène Tiago Rodrigues
Scénographie Magda Bizarro et Tiago Rodrigues
Lumières Manuel Abrantes
Costumes Magda Bizarro
Traduction du texte Thomas Resendes
Avec Océane Caïraty ou Alma Palacios (en alternance) et David Geselson ou Grégoire Monsaingeon (en alternance)
En tournée :
| Rouen Du mar. 23/01/24 au sam. 27/01/24 | CDN de Normandie – Rouen |
| Clermont-Ferrand Du lun. 29/01/24 au mar. 30/01/24 | La Comédie de Clermont-Ferrand |
| Châtellerault Le 02/02/2024 | Les 3T |
| Poitiers Du lun. 05/02/24 au mar. 06/02/24 | TAP – Théâtre Auditorium de Poitiers |
| Saint-Médard-en-Jalles Du jeu. 08/02/24 au ven. 09/02/24 | Le Carré-Les Colonnes |
| Agen Le 10/02/2024 | Théâtre Ducourneau |
| Marciac Le 11/02/2024 | L’Astrada |
| CarquefouLe 13/02/2024 | Espace Culturel La Fleuriaye |
| Laval Le 14/02/2024 | Le Théâtre de Laval |
| Colmar Du ven. 16/02/24 au sam. 17/02/24 | Théâtre Municipal de Colmar En partenariat avec Comédie de Colmar |
| Cesson-Sévigné Le 20/02/2024 | Centre Culturel Cesson-Sévigné |
| Le Mans Le 21/02/2024 | Les Quinconces-L’Espal |
| Neuchâtel Le 23/02/2024 | Théâtre du Passage |
| Sierre Du sam. 24/02/24 au dim. 25/02/24 | Théâtre Les Halles |
| Toulouse Du mar. 27/02/24 au jeu. 29/02/24 | Théâtre Sorano |
| Alès Le 02/03/2024 | Le Cratère |