Oui mais ça, c’était avent (10) : Belladona

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Longtemps voué à un culte souterrain, le long métrage d’animation d’Eiichi Yamamoto aura reçu en 2016 tous les honneurs d’une reconnaissance française. Après une sortie au cinéma au début de l’été, Belladonna est maintenant disponible dans un coffret somptueux, bientôt au pied de votre sapin, dans les lecteurs vidéo de la France entière, et sur toutes les bouches, objet d’intarissables éloges, d’innombrables déclarations d’amour, source de fleuves de larmes acidulées qui redonnent un peu de foi en l’homme – c’est Noël, on a le droit de croire à ce que l’on veut. Adapté de La Sorcière de Jules Michelet, le film semble s’inscrire dans l’imaginaire gothique des années 1960, qui a tant nourri le cinéma de genre transalpin et britannique.

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L’esthétique est également bien de son époque : un art-déco psychédélique – le geste d’une pleine maîtrise artistique, avec ce qu’il faut de convulsion estampillée LSD. La narration, quant à elle, tend la main à l’acid folk anglais, que la scène musicale japonaise s’approprie déjà avec succès : l’art du conte s’y fait volontiers chantant, incantation à la beauté renversante et transcendante, transperçant les cœurs pour les laisser cloués sur place. Belladonna est tout cela et bien plus encore. Sa sorcière n’est pas une créature fantastique redoutable, mais l’incarnation de l’amour fou, celui qui voue la chair aux flammes du désir et l’âme aux déchirements de la passion. C’est la femme dont on est éperdument amoureux qui défile au fil des images magnifiques, rendues incandescentes par la simplicité de leur animation, fixant d’autant mieux un portrait des plus troublants, un plaidoyer sans concession, une déclaration suspendue comme un cri. Après Belladonna, les sorcières ne quitteront plus le cinéma vénéneux des âmes damnées – de Possession à The Neon Demon, le cortège est beau et terrible.