Les choix de Sophie : Sombre aux abords

Sophie Quetteville a lu une grande partie des romans de cette rentrée, elle animera un grand nombre de tables rondes avec leurs auteurs. Elle nous livre ses choix et ses coups de cœur. Chaque fois, un court résumé et un extrait du texte. Aujourd’hui Sombre aux abords de Julien d’Abrigeon, chez Quidam.

10 chapitres, comme 10 chants, cinq par face, qui sonnent sous la plume poétique, fantastiquement belle et rare de Julien d’Abrigeon. Hommage à la France des « ronds-points » mais surtout au passage douloureux à l’âge adulte, à la fin de l’innocence, entre rage, désir et perdition.

SombreExtrait :

J’ai un projet, petite. Tu ferais bien d’écouter. Une sorte de rêve. Un rêve aussi concret que ces cauchemars qui nous éveillent en pleine nuit tant ils semblent réels. Un rêve, solide, un rêve à portée de main, fait de pâte et de terre, une boule argileuse, lourde. Pas un de ces rêves vaporeux, pas une fantaisie flasque, mais une bonne grosse boule de pâte de rêve solide et malléable. Un rêve très concret, fait de bric et de broc, de ficelles, de bouts de bois, de pierres, avec quelques clous, un moellon, de la ferraille en pagaille, vraiment rien de léger, du dur, du solide, pas de vent ni de fumée, un rêve à palper, à porter, à poser, à mettre quelque part, par terre dans l’entrée ou sur la cheminée. Ce rêve, si tu veux le toucher, tu peux, prends tes mains, avance et tends-les pour le choper au lieu de rester là à attendre toute une vie, toute ta vie, ce qui ne viendra jamais, car ça ne viendra jamais, il faut que tu le comprennes. Ça ne tombera pas du ciel. Il va falloir creuser ces terres infertiles, ce sol stérile. Notre horizon. (p. 18)

Julien d’Abrigeon, Sombre aux abords, Quidam éditeur, 148 p., 15 € — Un autre extrait sur le site de Quidam