Bizarre : « qui est difficile à comprendre en raison de son étrangeté ». C’est la nature même du post-exotisme que de provoquer ce sentiment du bizarre, et le nouveau livre de Manuela Draeger ne déroge pas à la règle. Et si, pour comprendre cette défamiliarisation, l’on ébauchait une théorie du bizarre, qui permettrait de lire les hétéronymes de cet édifice littéraire si singulier ?
Yann Etienne
Quand il écrit à la première personne, mieux vaut se méfier. Marseille en avait fait les frais : détruite, sans autre forme de procès, par un tsunami dans Nous trois. Faudrait-il en déduire que quand Echenoz écrit, la terre se met à trembler ? Ça n’a pas manqué : la chute d’un satellite de belle taille, du genre discret mais efficace, ravage consciencieusement les premières pages de Vie de Gérard Fulmard.
Entrer en Volodinie fait toujours quelque chose. Faire théâtre ou mourir, en voila un sacré dilemme. C’est qu’on est dans le monde complexe du post-exotisme, et que parfois il n’y fait pas bon vivre : la violence, la guerre, la violence encore. Pourquoi vivre une vie de misère, quand tout vous nuit et conspire à vous nuire ? Peut-être parce qu’il y a en vous cette voix qui parle. Cette voix est bizarre, étrange, elle n’est pas à vous mais vous donne une force qui vous dépasse. Peut-être même que parler vous fera oublier votre mort.