Olivier Guez

Olivier Guez, auteur de la très documentée Disparition de Josef Mengele expose sa méthode, son intention littéraire et parle des problématiques qui ont présidées à la fabrication de ce roman de non-fiction, à l’atmosphère chirurgicale et qui sonne comme une prémonition, venue du passé. L’ouvrage, au moment où cet entretien a été réalisé, figurait sur la liste du prix Goncourt. Il a été couronné aujourd’hui par le Prix Renaudot.

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La 8ème édition du Festival America aura lieu, à Vincennes, du 8 au 11 septembre prochain, rendez-vous incontournable pour les amateurs de littératures américaines. Diacritik est associé à plusieurs de ces rencontres et vous propose, durant l’été, de revenir sur quelques-uns des auteurs invités.
Aujourd’hui, Ben Lerner, né au Kansas en 1979, dont les lecteurs français ont pu découvrir Au départ d’Atocha, son premier roman, en 2014, aux éditions de l’Olivier. Son second roman, 10:04, paraît le 25 août prochain. Les deux ont été traduits par Jakuta Alikavazovic.

Laura Vasquez
Laura Vazquez

Si, je suis constamment choqué. Lisez donc mes livres, c’est un amoncellement de millions de chocs. C’est un alignement non seulement de phrases, mais d’impressions de choc, Thomas Bernhard.

Le matin je ne suis pas de bonne humeur, au début de l’après-midi je n’ai pas assez de force, vers la fin de la journée je peux écrire un peu parfois, dans mon appartement, dans mon bar vide préféré. Quand une lecture est programmée, j’écris la veille le texte. Je ne veux pas savoir ce que j’ai fait. Je me sens sombre et mal à l’aise quand on me parle de mes textes je dois disparaître du temps.

Écrire, ce serait désormais savoir se souvenir, ému, de la littérature. Ce serait savoir se souvenir, indéfiniment, avec pénitence, porté par une impuissance ivre d’elle-même, de ce qu’elle a pu être, du monde qu’elle a mené, des hommes qu’elle a traversé et de toutes les paroles qu’avec elle et après elle, elle aura su emporter jusqu’au dernier souffle. Car, depuis le tournant des années 1980, la littérature porte en elle son propre souvenir, sait que le Livre à venir ne lui appartient plus, qu’elle ne saura plus se convoquer qu’à la mesure de la mémoire qu’elle se donnera, doit comprendre qu’elle ne tremblera plus maintenant que de son propre désir de revenir à elle, désir réduit ainsi à devoir, indéfiniment, se reconstituer, se perpétuer dans la réminiscence, s’accomplir dans un deuil qui, à chaque page, veille, de toute sa noirceur.

31GKw-47uuLFond de l’œil : le titre du livre d’Amaury Da Cunha pourrait sembler poétique (il l’est), faire aussi bien référence à La Chambre claire de Roland Barthes qu’à L’Œil écoute de Paul Claudel mais il renvoie surtout à un trauma d’enfance, « cet examen médical qui s’appelle le fond de l’œil » : « Un idiot de médecin avait prédit à ma mère que vers l’âge de quinze ans je perdrais la vue ».
L’enfant myope, aux yeux vairons, est devenu photographe, perpétuant ainsi une lignée.

Amaury da Cunha publie de Petites histoires de photographies, un Fond de l’oeil sensible et au paradoxe fascinant : un livre sur la photographie, sans aucune image sinon celles que le texte rappelle ou lève dans l’imaginaire du lecteur.