« En toute simplicité et en toute impossibilité » : si l’univers d’un écrivain est tout entier contenu dans les mots qui ouvrent son premier livre, nul doute que l’œuvre de Jonathan Safran Foer doive être lue sous le signe de la disjonction, celle dont témoigne cette dédicace de Tout est illuminé (Everything is illuminated, 2002). Elle énonce un paradoxe, de ceux que les livres suivants n’auront de cesse d’explorer, comme ce troisième roman, Me voici (Here I am) qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Stéphane Roques : l’occasion d’un grand entretien diacritique avec Jonathan Safran Foer.

Alix Beranger et Gwen Fauc hois ©Jean-Philippe Cazier

Les questions portées par le mouvement LGBT sont étrangement absentes de la campagne électorale autant que des discours médiatiques. En même temps, les thèmes LGBT reviennent en force dans la bouche des opposants à l’égalité des droits, qu’il s’agisse de certains politiques ou de mouvements réactionnaires ayant émergé à la faveur de la légalisation du mariage pour tous.
État des lieux de la situation actuelle et du mouvement LGBT à la veille des élections avec Alix Béranger et Gwen Fauchois dans un entretien où il est autant question de politique, de problèmes sociaux, de solidarité, des médias, des femmes réfugiées, que des conditions des luttes ou de la précarité économique et sociale.

Act up

A un endroit dont je ne me souviens plus, Foucault, en réponse à une question pernicieuse, évoquait les « morceaux d’autobiographie » que l’on pouvait trouver dans son œuvre. Ironiquement, il n’est pas certain que le premier des intellectuels spécifiques ait contrôlé son dernier moment autobiographique : a-t-il su qu’il mourait du sida ?

Baudrillard, dans son pamphlet Oublier Foucault, ricanait sur la viralité de sa pensée, la comparant au virus qui l’a emporté, à son insu. Cette mauvaise manière me semble caractéristique des mauvais usages qui ont été faits du sida. Elle s’inscrit à la croisée d’autres mauvaises manières faites aux homosexuels. Les deux combinés se prolongent aujourd’hui – alors même que les conditions contemporaines du sida comme des homosexuels ont considérablement changé – dans une sorte de pacte mélancolique. Mais avant de m’engager plus loin, je vais livrer, en préambule, un morceau d’autobiographie brute. Il servira de point de départ à mon propos.

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Les féministes, en inventant la formule « Mon corps m’appartient », ont exprimé une façon de créer les conditions d’un rapport à soi et aux autres nouveau, mais aussi une nouvelle façon de faire de la politique. A l’inverse, le déferlement actuel, sur les réseaux sociaux et dans les médias, d’insanités du Printemps français, des Jeunesses nationalistes ou de la Manif pour tous, les discours actuels rejetant l’égalité des droits, la PMA, la GPA ou les Gender Studies, et de même les discours racistes, antisémites, identitaires, nationalistes, se rejoignent en un même mot d’ordre affirmant que mon corps n’est pas à moi, que mon corps est un objet énonçable, manipulable, utilisable par ceux qui s’érigent en maîtres de nos corps et par là reconduisent une politique de la domination, une politique violente et mortifère.

Woody Allen, Match Point

Double faute s’ouvre sur la même image que Match Point de Woody Allen : « la balle, en apesanteur, se figea, au sommet de sa courbe ». Mais elle retombe dans le carré de service.
Jeu, set et match. Willy croise Eric sur un cours, à Riverside Park, New York. L’amour est rencontre, tennistique comme amoureuse, des premiers échanges aux revers, « Double faute étant moins un roman sur le tennis que sur le mariage – un sport un peu différent ».

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« Ce n’est pas une histoire sur le mariage mais sur la séparation, sur la tentative de briser la forme du mariage pour s’en libérer ».

Les lecteurs français connaissent Rachel Cusk pour ses romans, tous traduits aux éditions de l’Olivier — Arlington Park (2007), Egypt Farm (2008) et Les Variations Bradshaw (2010) et disponibles en poche chez Points. Mais la romancière est aussi une essayiste engagée : en 2001, elle publie A Life’s Work, on becoming a mother, montrant comment grossesse et maternité tiennent socialement lieu d’identité féminine. Un sujet qu’elle aborde également dans Contrecoup (2013) évoquant cette femme soudain devenue mère, découvrant une part « inconnue » en elle à la naissance de ses enfants, une « jumelle », quand l’autre part d’elle-même refuse le diktat social, demandant « juste une certaine marge de liberté, une dispense temporaire du protocole strict de l’identité ». Elle n’est pas « une femme générique » — « la personnalité n’est pas générique ».