Pour Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1903-1993), l’acte d’écriture allait au-delà de la publication elle-même. Elle se livrait en effet à une écriture secrète, car elle cherchait à demeurer dans l’ombre, loin des obligations sociales que le milieu aisé dont elle était issue lui imposait. Dans son livre posthume Sentinelles de la nuit, nous découvrons cet univers nocturne, où les différentes formes fragmentaires explorées sont autant de tentatives – volontairement ratées – d’un autoportrait.

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En mai 1967, le festival de Cannes, qui n’avait pas encore planté les germes de sa confortable petite rébellion microcosmique et cinématographique de 1968 sur la Croisette, décerna son grand prix à un réalisateur italien, Michelangelo Antonioni, qui avait déjà atteint une grande notoriété avec sa trilogie, L’Avventura (1960), La Notte (1961) et L’Eclisse (1962). Mais, cette fois d’une part Antonioni avait abandonné son Italie natale pour le Londres des années 1960, d’autre part il avait opté pour une adaptation, celle d’une nouvelle littéraire d’un auteur argentin exilé à Paris (où il mourra en 1984 et sera inhumé au cimetière du Montparnasse), Julio Cortazar. 

Benoît Virot est éditeur. Mais cette phrase est un leurre. Peut-être faudrait-il dire que Benoît Virot est un caméléon, un touche à tout, un fondu du livre, capable, quand vous le rencontrez, de vous parler, avec la même passion communicative d’un livre qu’il vient de publier, d’un roman paru chez un confrère ou d’un auteur du passé considéré comme mineur et injustement oublié qu’il voudrait que l’histoire littéraire réhabilite.
Il en semblerait presque mener plusieurs vies à la fois, en perpétuelle recherche et métamorphose, dans une quête constante de la note juste. Diacritik l’a rencontré à la Cantine sicilienne, un restaurant dont la façade s’orne de cette devise qui lui va comme un gant : « pas de jaloux, ici le soleil brille pour tout le monde ».