Ce sont deux petits livres qui, en un bizarre carambolage, figurent sur la même table, celle des parutions récentes, chez vos libraires.  Étrange, en effet, de lire dans le même élan Misogynie, une nouvelle de l’irlandaise Claire Keegan (traduit par Jacqueline Odin chez Sabine Wespieser) et Nous ne vieillirons pas ensemble, réédition en poche (L’Olivier) du récit largement (totalement ?) autobiographique du cinéaste Maurice Pialat. Car, même si celui-ci a été écrit voici un demi-siècle et celui-là publié en février dernier par le New Yorker, tous deux parlent exactement de la même chose : qu’attendent les hommes, la plupart d’entre eux au moins, des femmes ? Et, en refermant ces deux livres, on se dit qu’en un demi-siècle, rien n’a vraiment changé. Sauf peut-être la façon de le dire.

Prosopopée : cette figure de style – à mi-chemin du comic strip et du jargon rhétorique – qui consiste à faire parler les morts, était au centre du roman précédent de Robert Seethaler, Le Champ, également traduit par Élisabeth Landes aux éditions Sabine Wespieser. Ce qui rassemblait toutes les vies d’une petite ville d’Autriche était leur sépulture dans le même lieu. Un cimetière comme un concert. Dans Le Dernier mouvement, ce nouvel ouvrage de l’écrivain autrichien, vivant à Berlin depuis 20 ans, il n’est pas question de faire parler les morts mais ceux qui vivent, ou plutôt qui survivent – comme une manière de prosopopée avant l’heure. Il n’est pas tellement question non plus de concert, même si Gustav Mahler est au centre du Dernier mouvement. Il y est davantage question de regard, de l’œil qui porte au loin plutôt que de l’oreille qui rapproche.