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Cela fait longtemps que chaque année, je me livre au même rituel : un peu avant la fin de l’an en passe de s’achever, je commence une chronique que je finirai après les libations obligées. Puis, une fois Noël, le Nouvel An, la galette des rois digérés et avant que les fêtes chrétiennes et païennes ou mises à la mode par les professionnels du consumérisme ne déboulent au risque de m’inspirer un nouveau billet sur l’influence de la Pâque sur la politique agricole française, je clos l’exercice en assurant que je ne présenterai pas mes vœux, dans un accès de misanthropie qui doit moins à une posture de chroniqueur qu’au visionnage annuel du zapping de l’année de Canal+.

Les dessins de la rédaction de LRD

Depuis deux ans, quel journal a bien pu parler à la fois d’Aube dorée, des mutations de La Poste, des écoutes made in France en Lybie, du lobby des pro gaz de schiste, du SAC du Général de Gaulle, des affaires de Nicolas Sarkozy et de l’histoire du journal Pilote ou de l’assassinat du juge Renaud ? Libération ? Le Nouvel économiste ? Mediapart ? Non. Trois fois non. Tous ces sujets et ces articles ont paru dans La Revue Dessinée qui, comme son nom le suggère, propose reportages, documentaires et chroniques en bande dessinée et s’applique à raconter l’actualité et à expliquer le monde dans lequel nous vivons.

Je ne suis pas sûre que les écrivains en général et moi en particulier ayons quelque chose à dire en toute occasion. C’est pourquoi, quand on m’a demandé de réagir publiquement le 15 novembre, j’ai décliné l’invitation en monosyllabes bouleversées – tout en remerciant à nouveau la personne qui m’a sollicitée pour sa confiance en ce moment terrible. Ce point de vue n’engage que moi et je peux comprendre qu’on trouve une utilité à publier un texte sur l’arête de l’événement, comme une manière d’essayer d’adoucir la peine par sa présence médiatique ou de tâcher de maîtriser le chaos par la parole. Certains des textes écrits à cette occasion sont dignes et sensibles.