Cette fois encore, il nous faudra passer par quelques sentiers plus ou moins privés du terrain vague, là où sont déposés nos souvenirs. Le 7 janvier, j’ai subi une anesthésie générale. Rien que de très banal de nos jours. Une semaine plus tard, tentant de rendre compte de quelques lectures achevées peu avant cette opération, je constate que si la plupart d’entre elles me restent encore assez précisément en mémoire, la dernière, effectuée la veille et l’avant-veille de cette opération, s’est quasiment effacée : de ces quelques heures de lecture ne demeure qu’une vague impression, plutôt positive d’ailleurs ; mais pas la moindre trace de quelque chose de concret.

1.

Comme souvent, un incipit surgit au sortir d’un rêve. Ce matin “une fois morts, les humains ressentent furieusement l’urgence de se pencher sur ce qu’ils ont légué, quitte à prendre aussitôt distance avec ce qui les avait fait tenir debout si longtemps” s’est étrangement gravé dans ma mémoire (je le note ici pour ne pas l’oublier). Mais comme il m’est impossible de commenter une telle proposition, je referme les yeux, songeant aux événements de la veille. J’imagine alors le fantôme de Jean Fournier (1922-2006) visitant, avec l’exquise réserve (cependant ô combien enflammée – intérieurement) qui le caractérisait, l’exposition de Bernard Moninot, qui se tient du 15 mars au 4 mai 2018 dans sa galerie au 22 rue du Bac à Paris.