Claude Favre - Photo © Jean-Marc de Samie
Claude Favre – © Jean-Marc de Samie

Elle a une façon d’écrire, Claude Favre, une façon bien à elle et rien qu’à elle, Claude Favre, sa façon de nous envoyer des phrases comme des lassos qui nous amènent vers elle, tout contre sa bouche, pour nous faire entendre le monde comme elle l’entend elle, c’est-à-dire absurde, c’est-à-dire violent, c’est-à-dire désopilant, et désespérant ; nous faire entendre les bruits insupportables dans sa tête trouée par le marteau-piqueur d’une langue usuelle qui réinterprète le monde et le rend incompréhensible.

Angèle Paoli. Photographie Guidu Antonietti di Cinarca
Angèle Paoli. Photographie Guidu Antonietti di Cinarca

Comment parler de ces fabuleux Feuillets de la Minotaure sans les enfermer dans une définition qui ne pourrait que porter atteinte à leur complexité et à leur sincérité ? Ce recueil d’Angèle Paoli offre à qui ne craint pas de s’engager dans ses méandres de fougue sensuelle et d’érudition (un régal pour qui est épris de mythologie et surtout de mythes déconstruits) les textes d’une poète intègre, rebelle et tendre, pour qui l’écriture (« au centre ») semble être un acte organique, passionné, ancré dans la chair (« matricielle »). En s’identifiant au Minotaure, et en le réinterprétant en femme, Paoli sonde le labyrinthe viscéral et ténébreux de l’écriture, « du côté du souterrain, de l’aveugle, du noir, du tâtonnement, des boyaux, qui sont autant de formes du dedans, comme l’utérus maternel, à la fois honni et aimé, définitivement hors de portée ».