Le VU de l’année 2025 : stupide planète

© France tv

Ce qu’il y a de bien avec le VU de l’année, c’est qu’on ne change pas des équipes qui gagnent. D’un côté du terrain, Patrick Menais et ses visionneurs au long cours ; de l’autre, l’actualité, les images, les sons, les grands discours et les petites phrases… le monde (je n’irais pas jusqu’à parler d’humanité) en somme. En six parties désormais (pour ne pas risquer la saturation ?), le VU de l’année déroule 2025 sur le mode rétrospectif et sous les auspices de Morpheus demandant à Néo de choisir entre la pilule bleue et la pilule rouge – déterminant de fait la réalité dans laquelle évoluer.

De réalité, il est fortement question dans le VU de l’année – et a fortiori dans ce qu’il s’est passé l’an dernier sur les écrans hexagonaux et internationaux. On assiste surtout à une opposition de moins en moins larvée entre la réalité des faits, la vérité des images et les faits alternatifs, les opinions des éditorialistes sentencieux, la langue des politiques… Avec une mention spéciale pour la télévision en version bollorisée, l’année médiatique aura été largement marquée (ce que le VU pointe au long des six épisodes) par la contagion venue d’Amérique qui tend à ériger les opinions en doxa indiscutable. À tel point que la frontière entre le vrai et le faux tend à disparaître des écrans en moins de temps qu’il n’en faut à Donald Trump pour se maquiller ou à Pascal Praud pour poser la question du lien entre l’immigration non contrôlée et la prolifération des punaises de lit en Île de France. 2025 aura donc été une nouvelle fois une année riche en contre-vérités, en inventions diverses (le Trumpisme triomphant en a été un des nombreux artisans), en rhétorique extrême droitière qui ne se cache même plus derrière la sacro-sainte liberté d’expression et emprunte au mouvement MAGA toutes les ficelles sémantiques pour capter, retenir et influencer.

Capture d’écran YouTube – Teaser Vu de l’année @FranceTV

Plus encore, le VU de l’année montre (et démontre parfois) comment et pourquoi la planète s’abêtit un peu plus chaque jour grâce à la viralité, à cause des rhéteurs télévisuels, avec les politiques qui ambitionnent de se voir élus à la tête de l’état tout en remettant en cause qui l’état de droit, qui la souveraineté d’un jugement de tribunal, qui des droits universels à une certaine catégorie de la population… Le décalage entre ce qui est (des images de montées des eaux, de multiplications de catastrophes climatiques, de tempêtes, de famines et de guerres…) et ce que l’on en dit (sur certains plateaux, à certains micros) pour mieux remettre en cause, discréditer, faire douter. Dans le but de créer le récit qui les arrange, en façonnant peu à peu le monde qu’ils ou elles souhaitent voir advenir.

Capture d’écran YouTube – Teaser Vu de l’année @FranceTV
Capture d’écran YouTube – Teaser Vu de l’année @FranceTV
Capture d’écran YouTube – Teaser Vu de l’année @FranceTV
Capture d’écran YouTube – Teaser Vu de l’année @FranceTV

On en vient alors (comme souvent cette année et les années précédentes) à écarquiller les yeux un peu plus, à se frapper le front mentalement en entendant, en voyant l’ineptie galopante qui semble avoir gagné le monde, avec les animateurs, les personnalités publiques qui font la télévision en plateau (pilotés par celles et ceux qui la font en coulisse), avec ces rares invités – scientifiques, universitaires, spécialistes, experts, analystes (avec au passage le silence assourdissant du monde de la culture) – qui tentent de se faire entendre face à des contradicteurs pour lesquels la vérité est un avis comme un autre.

Capture d’écran YouTube – Teaser Vu de l’année @FranceTV
Capture d’écran YouTube – Teaser Vu de l’année @FranceTV

Sachant que les USA n’ont désormais plus l’apanage (et encore moins l’excuse) des fake news et des faits alternatifs : la télévision (qui peut enseigner, éduquer, informer ou divertir) ne semble désormais plus qu’un média passeur des plats que les algorithmes voudront bien relayer. Parce qu’il semble acquis que la vérité, l’intelligence, le réel ont déserté le petit écran au profit d’autres écrans plus petits encore, via des applications, des sites, des réseaux dits sociaux possédés et dirigés par des hommes et des femmes dont l’agenda et l’idéologie doivent être questionnés. On doit donc toujours s’interroger, douter, pour vérifier l’information, pour sourcer, pour étayer ; pour prendre du recul, pour contextualiser et mettre à distance. Pour réfléchir plutôt que subir. Ce que le VU s’applique à faire quotidiennement (et une fois l’an en version longue).

VU de l’année 2025, six épisodes disponibles sur France.TV