La galerie 9 du Grand Palais accueille à Paris la plasticienne Eva Jospin qui présente des pièces créées ces dix dernières années : on y fait l’épreuve d’une étourdissante illumination.

L’artiste, fort connue pour son travail sur des matériaux naturels, sculpte et gratte le carton, tisse la soie, tord le métal, allonge la peinture et le dessin dans des compositions qui font naître les maquettes d’une géographie imaginaire. On approche ainsi de lieux étonnants au possible – l’art du grotesque modernisé – qui nous appellent inexorablement tant ces œuvres tiennent d’un palpable physique, sensuel. Voici des lianes sans racines grimpant au ciel en faisant l’épreuve de leur douce ductilité. Ici, des arches de caprice essayant d’imposer leur majesté classique à des roches grandioses. Là, en petit format, un escalier se dédoublant géométriquement dans la ligne d’un bassin imaginaire, provoquant, faisant advenir un vide. Vide encore au sein de la grandiose pièce centrale Duomo, dont l’oculus – au plafond – avait été utilisé dans son œuvre Folie au Domaine de Chaumont sur Loire en 2018.

Le maniérisme italien du XVIè siècle est ici ingéré, investi et retranscrit par Eva Jospin : à la fois grotte et dôme, l’œuvre haute de plus de 7 mètres, discrètement sertie de coquillages, d‘éponges, de coraux, offre en son centre une réussite si rare dans l’art contemporain : un espace de pensée inouï. Les dieux, les hommes, les animaux, ont tous disparu, dans cette œuvre comme dans toutes celles de l’exposition, mais précisément, on ressent leur cruel manque et la grande soif de leur nouvelle venue. Tout apparaît ici comme si les millénaires étaient passés sur notre présence au monde mais que nous y étions cependant encore un peu, cherchant notre place dans le vide, au plus près de l’être tout à coup dévoilé par les formes de ces montagnes, de ces paysages, de ces rocs striés de carton. À portée de notre main, dans l’écrin d’un promontoire tout en courbes, un temple côtoie un bassin – lui aussi vide – mais un lumineux rectangle doré en son fond indique une ancienne présence royale ou sacrée.

Un peu plus loin, c’est le propos que l’on devinait à l’instant qui s’impose dans une question : ces lignes bleues sont-elles celles de la chevelure d’une immense déesse vue de dos ou les insignes ondulations d’une fontaine de jouvence nichée dans une roche ? Au cœur de cette luxurieuse et étrange architecture de végétaux, Eva Jospin, dans le déploiement d’une œuvre personnelle grandiose, suscite l’envie d’offrandes mystérieuses, seules à même de provoquer un retour des dieux dans le monde.
Eva Jospin, Grottesco. Du 10 décembre 2025 au 15 mars 2026, Grand Palais, Paris, Galerie 9, Entrée Clarence Dillon.
