Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
l’Algérienne
est affectée
d’un léger boitement
(mauvais coup
dans l’enfance
la mère ne voulait
pas de fille
elle battait la sienne)
aujourd’hui elle tend
sur son métier à tisser
une trame rouge
oublie le blanc berbère
et les signes
gestes mesurés
passer ainsi
du blanc à la couleur
c’est s’avancer
en terre inconnue
après une centaine de lignes
en rouge trafic
(la référence)
l’Algérienne sourit
au changement
le tissage d’un tapis
est comme un voyage
au son glissant
de la navette
elle aime la répétition
l’âcreté de la laine
son odeur de suint
elle tisse
et tisse
chaque jour
sans exception
servitude suggère
l’amant
plaisir répond-elle
sa mère est morte
c’est écrit sur
document officiel
l’Algérienne se sent
délestée d’une menace
enfouie profond
voilà qu’elle sanglote
en spasmes irrépressibles
pourquoi pourquoi
répète-t-elle
comme autrefois
sous les coups
B
un diary c’est intime
secret surtout
je peux y vilipender
mon ex
tout en trouvant cela
un peu facile
aujourd’hui j’arrête
fini les ressassements
mari honnête somme toute
je ne suis pas
dans le besoin
(cf. mariage en contrat
économique)
le désir fulgurant
harassant
je l’ai connu
avec d’autres que lui
la blonde
sur la terrasse
de la maison bleue :
chaise longue
chien à ses pieds
fume avec application
sa mémoire déborde
c’est trop
il faut bouger
elle s’extirpe de son siège
vacille (le whisky)
et part rejoindre
l’océan
elle marche
et marche marche
puis vient la nuit
la blonde fatiguée
aimerait
dormir ici
sur le sable
le ciel sombre
le chien surtout
la sortent
d’un enlisement possible
comment écrire cela
dans le diary
trop confus
trop intime
mais les images
très nettes celles-ci
lorsque
le bougainvillée
capte le regard
la pensée :
Quetta / Balouchistan
tout au bout de la ville
un reste de rivière
filet d’eau sur un lit
de béton
et China Café
nous endurions la chaleur
sèche là-bas
et nos corps éreintés
se sustentaient
de riz
de viandes très très épicées
s’hydrataient
de thé trop sucré
il arriva que les nomades
en plein midi
déboulent au mess
des officiers
et les flinguent
pour avoir contrôlé
avec trop de zèle
leur caravane
subtilisé le haschich
à leur profit
ici bougainvillées
et rebelles assassins
pareil