En écoutant John Giorno

Dans la poésie il n’y a pas de règles, dit John Giorno

J’ai vécu dans la poésie pendant plus de cinquante ans

Dans ce pays sans règles

C’est là que je vis, dans la poésie

Et William Burroughs vit à côté de moi

Je vois la page blanche lavée repeinte en blanc

Et je me dis que je dois salir la page

Laisser apparaître toutes les taches et la moisissure et les traces noircies que l’on a voulu recouvrir et cacher

Parfois j’invite Burroughs et Warhol et Jonas Mekas

Et chacun fait ce qu’il veut et crée de nouveaux mondes

Nous incendions la poésie

Nous la détruisons par le feu, dit John Giorno

C’est comme un rituel de destruction et de création que nous accomplissons chaque jour

Nous incendions notre esprit pour le détruire et le créer

Au lieu d’écrire des phrases et des sonnets j’écris du feu

Je n’ai jamais écrit comme les autres parce que j’ai toujours écrit du feu

Evidemment je n’ai pas de doctorat en poésie, ahahah !

Aujourd’hui pour écrire de la poésie il faut un doctorat en poésie mais je m’en fous

J’écris des sons – tu vois ? – des sons qui se mélangent en un chaos

Ça crée des textes qui ne sont pas des textes

Des textes sonores des textes de sons qui existent dans l’air

Comme le feu qui s’élève dans l’air

La musique du feu et de l’air c’est ce que j’écris, dit John Giorno

Si par la poésie tu crées du feu et de l’air, alors la poésie ne peut pas mourir

Si par ta poésie tu chantes les sons du feu et de l’air, alors la poésie ne peut pas mourir