Oui mais ça, c’était avent (6) : Jean Ray, nouvelles fantastiques du XXIème

 

Alma © Dessins : Philippe Foerster
Alma © Dessins : Philippe Foerster

La célébration de Noël correspond à quelques jours près au moment où l’hémisphère nord entre dans l’hiver – le fameux solstice qui marque la nuit la plus longue de l’année mais aussi le moment où les jours recommencent doucement à rallonger. Le froid et l’obscurité envahissent le monde et deviennent les complices de ceux qui aiment à s’entendre raconter des histoires effroyables, des contes à dormir debout, des récits de sidération et d’angoisse, comme pour conjurer la mort passagère de la nature environnante. Au coin d’un feu ou emmitouflé sous des couvertures, on recherche ainsi le frisson du fantastique, celui qui fait croire à la vie après le trépas, qui fait trembler et qui donne encore davantage l’envie de se réchauffer.

Alma © Dessins : Philippe Foerster
Alma © Dessins : Philippe Foerster

Pour faire éprouver ces enivrants délices de l’hiver (dont le tableau ne serait pas tout à fait complet sans une tasse de chocolat bouillant), on a de quoi se concocter une jolie petite réserve en la matière, entre tradition et modernité. En cette fin d’année, Alma poursuit sa réédition des œuvres de Jean Ray avec l’inestimable Croisière des ombres, recueil de nouvelles qui sentent la houle et la mort, qui tanguent sous l’effet de la marée et qui nous font basculer au bord des insondables épouvantes de l’océan. À l’édition originale viennent s’ajouter des textes quasi inédits, un trésor pour les amateurs du maître fantastique gantois.

Alma © Dessins : Philippe Foerster
Alma © Dessins : Philippe Foerster

 

Au pied du sapin, on couronnera ce volume des deux livraisons inaugurales de la collection : Les Contes du Whisky et La Cité de l’indicible peur. Avec ces trois livres atrocement géniaux, Ray s’inscrit dans la grande tradition de la terreur en lui apportant une verve unique, un verbe à la fois poétique et empreint d’oralité.

Et si l’on cherche l’étoile noire à mettre au sommet de l’arbre de Noël, ou la hache ensanglantée idéale pour sertir une buche glacée d’effroi, on pourra compléter le lot avec le formidable recueil édité par Capricci et sobrement intitulé Cinq Nouvelles fantastiques du XXIème siècle. Prenant pour cadre notre contemporanéité, Pierre Cendors, Xavier Mauméjean, Gaëlle Obiégly, Éric Pessan et Alain Sevestre apportent la preuve que la littérature de l’imaginaire n’est pas un domaine réservé au passé. Grâce à leur talent, le surnaturel retrouve sa place dans le monde d’aujourd’hui, et c’est terriblement bon. Pour ne rien gâcher, les illustrations d’Adrien Demont et d’Élise Dupeyrat apportent aux textes leur écrin ombreux. Avec tout cela, on pourra se féliciter le soir de Noël d’être à moitié sorti des ténèbres – mais aussi encore à moitié dedans.

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