Ayant accès à la correspondance de Maurice Blanchot (pour son travail d’éditeur), Richard Millet dit dans son récit Place des Pensées (Gallimard, 2007) que le courrier manuscrit est « le surgissement de l’autre dans l’attente, dans le différé (et la différence) de sa parole, de son altérité scripturaire » ; c’est une grâce, dit-il ; la correspondance est une grâce « pour qui vit dans la solitude contemporaine, s’insurgeant contre le fantasme néototalitaire de la communication globalisante, de la transparence, du refus du silence, du secret, du retrait, de la nuit. »
Simone Weil
J’ai découvert le travail du Primesautier Théâtre avec Mais il faut bien vivre, mise en corps agile et éclairante de l’œuvre du sociologue Hoggart, auteur d’une Culture du Pauvre (1970) que le plateau du théâtre mettait en lumière mais aussi en volume, en bouche, en chœur…
Avec Colonne, Adrien Bosc clôt avec élégance sa trilogie de non-fiction, commencée avec Constellation et poursuivie quelques années plus tard avec Capitaine. Il explore, récit après récit, les communautés provisoires, en marge de l’histoire notamment : dans l’avion Constellation, avec à son bord trente-sept passagers dont Marcel Cerdan et Ginette Neveu, ou dans un navire conduisant notamment Breton et Lévi-Strauss aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est encore dans le sillage de la guerre que se forme ici une communauté éphémère et disparate : c’est la colonne Durruti, rassemblant pour beaucoup des anarchistes de tous pays, au commencement de la guerre d’Espagne en août 1936.