Ayant accès à la correspondance de Maurice Blanchot (pour son travail d’éditeur), Richard Millet dit dans son récit Place des Pensées (Gallimard, 2007) que le courrier manuscrit est « le surgissement de l’autre dans l’attente, dans le différé (et la différence) de sa parole, de son altérité scripturaire » ; c’est une grâce, dit-il ; la correspondance est une grâce « pour qui vit dans la solitude contemporaine, s’insurgeant contre le fantasme néototalitaire de la communication globalisante, de la transparence, du refus du silence, du secret, du retrait, de la nuit. »

Avec Colonne, Adrien Bosc clôt avec élégance sa trilogie de non-fiction, commencée avec Constellation et poursuivie quelques années plus tard avec Capitaine. Il explore, récit après récit, les communautés provisoires, en marge de l’histoire notamment : dans l’avion Constellation, avec à son bord trente-sept passagers dont Marcel Cerdan et Ginette Neveu, ou dans un navire conduisant notamment Breton et Lévi-Strauss aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est encore dans le sillage de la guerre que se forme ici une communauté éphémère et disparate : c’est la colonne Durruti, rassemblant pour beaucoup des anarchistes de tous pays, au commencement de la guerre d’Espagne en août 1936.