Alexander Kluge
Alexander Kluge

« Les supérieurs hiérarchiques les plus élevés ne sont pas rapatriés par leurs camarades haut placés : Hanns Martin Schleyer n’est pas récupéré en 1977, le feld-maréchal Paulus n’est pas sauvé en 1942. Les pannes ont lieu aux points de contact entre les compétences centralisatrices : la 6e armée et ses voisins en 1942 ; la police criminelle (BKA) de Rhénanie du Nord-Westphalie, Erfstadt-Liblar en 1977. Dans sa cellule de l’ancienne prison de Tegel, Horst Mahler parle des morts de Stammheim, de son programme politique d’il y a six ans : une erreur pour laquelle néanmoins des gens sont morts, méprise stratégique dans les années 1970-1978 – la position du feld-maréchal von Manstein au sujet de Stalingrad en 1943 : des erreurs on ne peut plus évitables sur le fond, des victoires perdues ou volées, « erreur de gestion ». Etc., etc. Bien que tous les détails relatifs au chaudron et au temps présent puissent être mis en relation, ainsi qu’un nombre incalculable d’exemples le souligneraient, « … L’histoire de toutes les générations disparues pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants » = Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, p. 504 –, il convient d’insister sur le caractère profondément révolu et inaccessible de Stalingrad du point de vue actuel. Il n’est personne en Allemagne qui ressente, voie ou pense comme l’un des intéressés de 1942 (c’est l’auteur qui souligne). »

Si les bouches se ferment est un livre d’écrivain, non parce qu’un des personnages du roman est un écrivain – nazi –, et qu’un autre, son fils, essaie d’être lui-même écrivain, mais parce que la question qui anime ce livre est la possibilité de devenir écrivain ou, mieux, celle des devenirs de l’écrivain et de l’écriture.

Écrire pour inventer des mondes, réinventer des vies. Ne jamais rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social). Interroger la place de la violence (et de l’individu) dans l’Histoire.
II.

Écrire pour inventer, des vies, des mondes. Ne pas rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social).