Paul Otchakovsky-Laurens

« J’entretiens un rapport assez distant à la mélancolie » confiait, il y a quelques semaines, Paul Otchakovsky-Laurens à la sortie de son film Éditeur, alors considéré comme reviviscence d’un homme et désormais, depuis cet accident de voiture qui lui ôté la vie en Guadeloupe cette nuit, à tenir comme son lumineux et confiant testament. Car si la mélancolie et une puissante tristesse traversent et soulèvent chacun depuis l’annonce de son brutal décès, ce sentiment même de mélancolie n’affectait que peu cet éditeur qui, dans les 40 dernières années, a su définir l’un des plus beaux catalogues de la littérature française de la fin du 20e siècle et du début du 21e. P.OL., comme on l’appelait (terrible passé) et comme il figurait sur les couvertures de la maison qu’il avait fondée à la fin des années 1970, n’était pas un éditeur comme un autre. P.O.L. n’était pas seulement un brillant éditeur. P.O.L. était un des visages les plus ardents du contemporain : il était un des artisans les plus accomplis de l’écriture contemporaine, celui qui avait inventé, au quotidien, la littérature comme mode d’emploi.