A l’opposé du verrouillage de Tcherniakov, il y a la proposition démantibulée de Sivadier : faire un autre Don Giovanni, dans la mythique cour de l’Archevêché, et après avoir mis en scène l’année précédente le Dom Juan de Molière, dont l’influence est perceptible dans le livret de Da Ponte au travers rien moins que le personnage d’Elvira – mais dont tout l’aspect réflexif est prudemment éliminé.

Comme dans le théâtre antique ou chez Molière et consorts, l’article défini du titre laisse présager une étude de caractères aux résonances sociologiques et satiriques. Le Prophète semble en effet s’inscrire dans une longue tradition de la comédie de mœurs qui s’étend de L’Amphitryon au Bourgeois gentilhomme, et qui trouve une nouvelle vitalité dans les grands films italiens des années 1960, dont Dino Risi a contribué à fixer certains codes avec Le Fanfaron ou Les Monstres.

Manuel Valls, sophiste de la présidentielle ?

C’est le jour du Brexit que Manuel Valls aura donc décidé de trahir Benoît Hamon, de faire sa sécession propre et de quitter la politique. Car, contrevenant aux lois de la primaire auxquelles il avait pourtant amoureusement souscrit, Manuel Valls n’a pas hier uniquement trahi Hamon en soutenant explicitement et opportunément Emmanuel Macron ; il n’a pas uniquement failli à tous ses engagements ; il n’a pas uniquement trahi sa parole et foulé aux pieds le peu d’honneur qui lui restait au terme d’un quinquennat catastrophique : en appelant dans la journée encore, comme si la Guyane devenait véritablement une île, à se rallier à Fillon, il a mis, incidemment et violemment, fin à toute vie politique dans ce pays et à la parole comme parole.

Sylvie Kande
Sylvie Kande

« Des gestes de mort et de vie, d’extrême tendresse et de violence inouïe, qui fissurent la surface lisse et bouleversent le temps dans sa course annoncée » : tel est le pari de Gestuaire, le nouveau recueil poétique de Sylvie Kandé. Offrir un espace pour collecter les différents gestes et comprendre ce que signifie l’aventure poétique, l’ambition est vaste.

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La publication d’un essai dans la belle collection d’Éric Vigne est toujours un événement, et le livre d’Hélène Merlin-Kajman, professeur de littérature du XVIIe siècle à l’université Paris III, ne fait pas exception. Il y a là à n’en pas douter un essai qui fait débat et suscite l’envie de discuter. Beaucoup a déjà été dit sur un livre qui tâche de repenser la lecture comme une activité partagée, dans une relation pédagogique renégociée. Le livre croise les travaux de Donald Winnicott et les réflexions de Walter Benjamin en tentant de redéfinir la littérature comme un espace transitionnel, entre monde intérieur et monde extérieur, où l’on pourrait s’approprier ou donner forme aux expériences saisissantes d’aujourd’hui. Je voudrais ajouter deux traits qui ont marqué ma lecture et sur lesquels on a trop peu insisté.

La littérature serait-elle d’un bout à l’autre mensonge, imposture et mauvaise foi ? L’idée est dans l’air depuis Maurice Blanchot au moins. C’est qu’après tout, une fiction est une fiction, un montage d’artifices. Mais il n’y a pas que la fiction et, dans ses Confessions, Rousseau entendait être franc et vrai tout au long de son propos. Et pourtant il n’est pas malaisé de montrer que sa sincérité était largement suspecte.