31 kilomètres aujourd’hui : le titre, la marche du 6 Juin, « J’ai marché 31 kilomètres au milieu de l’agora aujourd’hui. » Pendant une année, d’un 31 Mai à l’autre, elle marche tous les jours, à Paris, en banlieue, plus loin. Sous ses pieds, elle sent « bouger les pierres de la ville ». Et sa marche se transforme en mots – « J’ai créé le langage avec mon corps pendant 25 kilomètres aujourd’hui. », bouge les mots, des pas, des mots, les mots de ses pas, les mots de sa marche.

Elle est un peu folle, la vitesse qui nous précipite d’une lecture à l’autre. Il convient, non seulement de freiner, mais aussi, et surtout, de faire de longues pauses, avant de reprendre autrement ce qu’on croyait achevé. Au Terrain vague, il n’y a pas de clé, mais des sésames, qu’on ne découvre qu’à relecture. Nul besoin de précipitation, sinon en rêve, après avoir pris soin de glisser un carnet et un crayon sous l’oreiller.

Avoir le goût des formes brèves, des livres peu épais – on dit parfois “plaquettes”, sans que l’on sache si c’est en lien avec le beurre ou avec le sang. Aimer les pages envahies de blanc, pas nécessairement de poésie – mais c’est en ce domaine qu’on en trouve le plus. Avoir le goût d’accumuler ces petits ouvrages, parfois délicatement fabriqués à la main jusqu’à former de sacrées piles, devenues “monstres” (n’oublions pas ce titre trouvé par Jean-Pierre Faye en 1975 pour le n°23 de Change : Monstre poésie).