L’écriture, tâches noires sur fond blanc et bleu, inaccessible sans intermédiaires. L’écran, prolongement d’organes, du corps. Les interfaces transparentes qui entourent nos corps, nous distançant de plus en plus en plus d’autrui. Autrui, une image dans les cages du logarithme. Planant au-dessus, l’utopie d’une écriture immémoriale, rêve d’ultime abstraction de nos opérations perceptives, rupture définitive entre le corps et l’écriture. Nos yeux se relèvent vers l’écriture matricielle, archi-écriture originaire dont le logarithme est censé être une incarnation. Les yeux se heurtent à l’écran qui renvoie des spectres. Parmi ces spectres, notre propre spectre.

En 2018 la question des médias est centrale. Mais comment réfléchir à cette partie majeure de notre système social ? Télés allumées en permanence dans les foyers, radios dans les autos, presse écrite qui se dresse en autorité intellectuelle, et des réseaux dits sociaux… Ils sont sociaux, certes, mais ils sont surtout mentaux.Car c’est bien du mental qu’il s’agit. Alors cette matière, ces médias, est-ce qu’ils représentent une hyper information ou de l’hyper mensonge ? Au sein de notre corps, que se passe-t-il lorsque cette information, ce substrat de vérité, se répercute sur nos comportements ?

Pour fêter le trou noir provoqué par notre spécialiste du genre, Aurélien Barrau, avec sa tribune publiée jeudi dernier (plusieurs centaines de milliers de nouveaux lecteurs en quelques heures ou le test grandeur nature des capacités d’accueil de notre serveur, on reconnaît là le scientifique), retour sur les enjeux de notre magazine, trois ans après sa création.

Il s’agit ici de proposer une photographie de ce que l’on dit de nous et montre de nous, face à nos voix et nos actions. Je souhaite que ce document soit regardé et considéré avec bienveillance car, au contraire de la majorité des productions sur les trans, il n’es pas maltraitant. Il montre la maltraitance tout en mettant en perspective une riposte trans, une contre-attaque « posttranssexuelle ».

Capture d’écran France 2

Qu’il s’agisse d’une invective politicienne propre à faire se pâmer les militants de la France Insoumise ou d’une stratégie concertée et mûrement réfléchie de la part de l’ex-candidat à l’élection présidentielle, l’expression « parti médiatique » employée à tort et à travers par Jean-Luc Mélenchon ou Sophia Chikirou pose douloureusement la question du populisme érigé en pièce maîtresse de la com’ pol’, voire en ligne de conduite sinon idéologique, du moins et assez paradoxalement très médiatique…

Avant qu’une certaine intelligentsia ne me tombe sur le râble comme les chasseur de lapins déciment impunément les lagomorphes à grands coups de 12 durant la saison officielle de la tuerie de masse de faisans, perdreaux de l’année et autres gibiers gambadant et bramant de conserve, je tiens à préciser que le vœu du titre de cette chronique à tiroirs écrite en ce premier jour de l’année 2018 est bien évidemment tiré du Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis de Pierre Desproges, à la page 68 de l’édition poche de 1985. C’est vous dire si ma misanthropie ne date pas d’hier.

Loin de moi l’idée, et encore moins l’envie, de passer pour un néo-réac aigri et blasé, un bobo qui s’lamente en gauchiste ou pour un représentant d’une pseudo-élite qui se pâme dès les premières mesures du Requiem de Gabriel Fauré en déplorant que la version de 1963 chez EMI ne soit pas disponible sur Deezer. Il ne s’agit nullement de moquer les chanteurs populaires au nom d’un mépris de classe qui fait préférer les artistes pointus aux interprètes de variétés qui traversent les âges et s’imposent à tous, toutes générations confondues. Le propos n’est pas de jouer le rabat-joie dans ces moments d’intense tristesse pour les fans de Johnny Hallyday (et accessoirement ceux, moins nombreux, de Jean d’Ormesson).
Mais que dire du traitement médiatique des deux événements ? Et que dire, par ailleurs, du traitement réservé aux médias par ceux qui demandent la mise en place d’un recours contre l’abus de pouvoir médiatique ?

Une salle entière de l’exposition « Être moderne. Le MoMA à Paris » qui se tient à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 5 mars prochain est dédiée à la série Untitled Film Stills (1977-1980) de Cindy Sherman, artiste de la métamorphose, véritable Circé, dont la quête esthétique et artistique prend la forme d’un portrait toujours inachevé, du je en Autre, davantage (auto)fiction qu’autoportrait.

L‘information bruissait dans les couloirs des rédactions depuis quelques temps déjà : la création d’un média citoyen est en marche… sous l’égide de la France Insoumise. Une initiative qui n’est pas sans poser plusieurs questions, dont la principale : un mouvement politique peut-il appeler à créer un média (fût-il estampillé « citoyen ») sans être suspecté de vouloir faire de la propagande ? Et les réponses données par Sophia Chikirou et Aude Rossigneux la semaine dernière en interview sont loin d’être rassurantes pour les tenants d’une information objective et indépendante. 

Paris, janvier 1907 : c’est dans le contexte d’un débat national sur l’abolition de la peine de mort qu’intervient un crime odieux, l’affaire Soleilland, le meurtre d’une petite fille de onze ans. Exploité par la presse, le fait divers aura pour conséquence une parenthèse de plus de 70 ans avant le vote, en France, de l’abolition de la peine capitale, illustrant le lien quasi consubstantiel entre le meurtre d’enfant et ce type de peine. Quatrième volet de la série « Fait divers, l’Histoire à la une », ce documentaire exceptionnel met en perspective deux contextes historiques, via deux affaires centrées sur le meurtre d’un enfant et deux débats aux conséquences diamétralement opposées, l’affaire Soleilland et l’affaire Patrick Henry.

Crédit : LaDépêche.fr

C’est une question de forme(s). Au singulier, celle d’une tribune parue le 7 septembre 2017 dans le New York Times. Au pluriel, celles mises par les médias français qui ont repris le texte dans leurs colonnes en chapeautant à la va-vite ou à l’aune d’une politique du clic pour le moins questionnable. BFM TV qui titre « « Président raté », « ego démesuré » : une tribune dans le New York Times assassine Macron » ; LaDépêche.fr « Dans une tribune au vitriol, le New York Times juge Emmanuel Macron comme un président raté » ; Vanity Fair « Échec et mat, le New York Times assassine Emmanuel Macron dans un édito » (le titre a été changé depuis, NDLR) ; RTL.fr « « Un président français raté » : Emmanuel Macron se fait épingler dans le New York Times »… et la toile qui ne fait pas partie des idolâtres de la « macronerie » (sic) de s’enflammer, de relayer, de tweeter et retweeter, de « liker » ou « plussoyer » à l’envi.

Le second épisode de la série Faits divers à la une (Arte), diffusé juste après Roswell, se déroule cinquante ans plus tard, sous un pont parisien. C’est ce moment que Robert McLiam Wilson, dans une tribune récente publiée dans Libération, a qualifié de « triomphe du rien », expression qui dit bien le paradoxe oxymorique d’un fait en apparence sans importance pourtant susceptible d’un emballement infini, en ce sens passionnant parce qu’il révèle nos imaginaires, nos constructions fictionnelles comme un moment de l’histoire sociale.

Action LGBTQI devant le CSA

Depuis plusieurs jours, une stratégie de pinkwashing se met en place dans les médias. Quelques dizaines d’annonceurs, qui jusque-là avaient richement financé l’émission TPMP, se découvrent des valeurs, une morale, affirmant que l’épisode du piège tendu par Hanouna à des hommes gays serait contraire à ces valeurs. Ces entreprises qui payaient pour que leurs publicités soient diffusées durant l’émission se retirent, drapées dans un Rainbow Flag, mettant un terme au financement de TPMP. Pourtant, cet épisode n’est pas un « dérapage », selon le mot utilisé dans la presse pour atténuer la charge de la critique, un accident différent de ce qui se passe d’habitude dans l’émission : il n’est qu’un moment d’une série continue de propos et de mises en scène homophobes et sexistes.