Depuis Biographie Comparée de Jorian Murgrave, publié en Présence du Futur en 1984, celui qui se fait appeler Antoine Volodine a construit un édifice littéraire sans équivalent dans toute la littérature : une cathédrale en ruines, pleine de dédales et de détours, hantée par des figures à la frontière de la vie et de la mort, de l’humanité et de l’animalité ; les trous dans les murs laissent voir au dehors un paysage désastré, où errent les formes diverses que prend l’humanité à un stade terminal. Grand entretien avec l’auteur de Retour au goudron, signé Infernus Iohannes, nom collectif pour un écrivain unique.

15 juillet. Nouveau ralentissement des activités, cette fois non pour cause d’excès de chaleur, mais parce que mon corps est soudainement endolori par une petite pierre qui ne veut pas prendre le chemin de la sortie. Du moins je le suppose, car là où je vais, dans une région pourtant loin d’être désertique, les soins sont, sauf urgence, inaccessibles : il faut attendre des semaines, voire des mois, pour réaliser le moindre acte d’imagerie. Alors que la sensation de remake d’un mauvais feuilleton persiste (l’ayant déjà vécu, les symptômes sont clairs), la seule chose à faire est d’encaisser, peut-être durant 49 jours, en conscience que notre dernier refuge se trouve plus que jamais dans les rêves, ou, ce qui n’est pas sans rapport, dans la lecture de Retour au goudron, réjouissante écriture du désastre qui, par chance, est au programme cet été.

Passionnant : tel est le mot qui vient à l’esprit pour qualifier le fort et bel essai que Julien Lefort-Favreau consacre à l’édition indépendante qu’il vient de faire paraître chez Lux sous le titre de Le Luxe de l’indépendance. Dans ses Réflexions sur le monde du livre, Lefort-Favreau réfléchit à ce que signifie être indépendant, de nos jours, dans le monde du livre, à savoir comment s’élabore au quotidien mais aussi dans le long terme une indépendance esthétique, politique et économique. Qu’en est-il de l’engagement de l’éditeur ? Comment se construit le récit de cette indépendance ? Comment trouver un équilibre financier qui tienne compte du désir d’avant-garde ? Autant de questions que Diacritik a désiré poser au professeur de littérature française et d’études culturelles à l’Université Queen’s au Canada.

En prélude au 28e Salon de la Revue qui se tiendra le 9, 10 et 11 novembre, Diacritik, partenaire de l’événement, est allé à la rencontre de revues qui y seront présentes et qui, aussi vives que puissantes, innervent en profondeur le paysage littéraire. Aujourd’hui, entretien avec Jean-Marie Gleize et Cécile Sans pour leur très belle revue Nioques.