Basquiat (capture d’écran du documentaire)

Arte diffuse, dimanche soir, le documentaire que David Shulman a consacré au peintre Jean-Michel Basquiat : La Rage créative  (2017). Le film suit le gamin qui prit New York d’assaut, entre rêve de gloire et colère, révolutionnant au passage le monde de l’art, le gamin fracassé aussi, par une médiatisation jamais pleinement assumée, par sa rage noyée dans les paradis artificiels ; d’œuvre en œuvre, de Samo à Basquiat, c’est New York que l’on voit se transformer, de la ville sauvage et brute, crasseuse et violente à la gentrification, de même que l’artiste insoumis devient une valeur sûre du marché, explosant aujourd’hui encore les records dans les salles des ventes.

NY © Christine Marcandier
NY © Christine Marcandier

New York Esquisses nocturnes est le premier roman de Molly Prentiss, sorti en avril 2016 aux États-Unis, paru en août en France, dans une très belle traduction de Nathalie Bru. Le récit est construit autour de trois personnages principaux, quatre si l’on considère que New York en est même la figure principale, faisant graviter autour de cette trame une galerie de protagonistes incarnant le monde de l’art dans les années 80, soit une décennie de transition entre une forme de liberté folle et les débuts d’un capitalisme forcené.

Eric Chauvier
Eric Chauvier

Il y aura d’abord eu un événement. C’est ainsi que commence le récit d’Éric Chauvier, comme autrefois Anthropologie : une rupture de familiarité, le sentiment d’une dissonance, quelque chose qui heurte et frappe le confort ou la routine de la conscience. Et cet événement, c’est la violence d’une altercation – « lynchage » selon l’auteur – : trois adolescentes agressent un homme. Un type, devrait-on dire, un prototype même, celui du hipster, qui concentre en lui toutes les rancœurs de classe et qui excite la violence.

En février 2015, Ernest Pépin publie Le Griot de la peinture (Caraibéditions), sur un Basquiat, « décidé à tracer dans le chaos du monde le graffiti obscur d’un éclat d’existence dans une ville impossible ». En avril 2015, Pierre Ducrozet publie Eroica (Grasset) : au centre de son roman, celui qui voulut être Picasso et sera « Prométhée, Elvis, Charlie Parker, Lou Reed, Bob Dylan, John Coltrane. Il sera Andy Warhol. Mohamed Ali, Jack Kerouac. Ulysse. Superman. Héros, on vous dit ». Un soir au Night Birds, raconte Pierre Ducrozet, il rencontre une jeune serveuse. « Il la regarde, il sait que c’est elle ». Celle à laquelle Jennifer Clement consacre un livre La Veuve Basquiat (Bourgois, mars 2016), celle que Jean-Michel Basquiat comparaît à « un personnage de BD », Suzanne Mallouk. Portrait d’un peintre et d’un homme, « au confluent », comme l’écrit Ernest Pépin, des cultures et des arts, au confluent aussi de ces trois très beaux romans récents.