Pour Philippe © Olivier Steiner

Je relis Philippe de Camille Laurens. Philippe est un livre que j’offre aux amis qui ne croient plus en la littérature, les amis qui me disent par exemple que de nos jours ça se passe au niveau des séries ou du cinéma. Je comprends ce qu’ils veulent dire, et souvent je suis d’accord, mais Philippe, quand même…
Je l’ai en version de poche folio, sur la couverture deux bandes verticales, on devine un morceau d’appartement, une pièce qui a l’air vide, et au milieu, dans l’embrasure d’une porte, baigné d’une lumière blanche et crue, un petit cheval à bascule, vide, immobilisé.

Dans un très bel ouvrage que Suzanne Horer et Jeanne Socquet consacraient en 1973 à la place de la femme dans l’art, parmi les quelques beaux témoignages de femmes artistes publiés, la parole était donnée à Marguerite Duras qui mettait précisément l’accent sur la nécessité, de la part de la femme écrivain et cinéaste qu’elle représentait, de s’exposer avec force et conviction sur la scène médiatique pour faire face à un dehors masculin hostile et toujours prêt à suffoquer la parole féminine. Le titre du livre, La Création étouffée, annonçait déjà le projet des deux auteurs : aller interroger le pouvoir créateur qui est plus volontiers accordé aux hommes comme si la création était un ensemble monolitique réservée à une seule portion du monde.