Jean-Luc Outers par Alice Piemme

Parmi les plus beaux poèmes de la langue française, figurent les « Tombeaux » que signa Stéphane Mallarmé : Tombeau de Poe (« Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change »), Tombeau de Baudelaire (« Le temple enseveli divulgue par la bouche ») ; Tombeau de Verlaine (« Verlaine ? Il est caché parmi l’herbe, Verlaine »). Or, voilà que Jean-Luc Outers, auteur de plusieurs romans dont le remarquable La Place du mort (1995) dédié à son père alors en fin de vie, vient de renouer superbement avec le genre, non pas au travers de sonnets mais au gré de proses d’une écriture plus que sensible. Le titre Le Dernier jour coiffe ainsi six chapitres rendant hommage à des artistes admirés et aimés et que l’auteur fréquenta de près ou de loin. Et cela donne, à chaque fois, un petit monument de pierres verbales prises dans un montage tout d’élégance tranquille.

Kateb Yacine – Sony Labou Tansi – Aimé Césaire

Les trois ouvrages que nous présentons ont la particularité de se construire sur des rencontres, des amitiés, des connivences. Ils redonnent ainsi une dimension humaine, parfois un peu oubliée par la critique littéraire, sans sacrifier la part d’analyses et de transmission des savoirs, indispensable. Ils se concentrent autour de trois figures prestigieuses : Kateb Yacine (Algérie, 1920-1989) – Sony Labou Tansi (Congo, 1947-1995) – Aimé Césaire (Martinique, 1913-2008).

 

Exposition William Burroughs © JP Cazier
Exposition William Burroughs © JP Cazier

Les livres de William Burroughs sont évidemment très connus, mais ses œuvres plastiques le sont beaucoup moins, n’étant généralement pas considérées comme significatives d’une démarche réellement artistique. C’est donc avec une certaine audace que la Semiose Galerie présente, jusqu’au 23 juillet 2016, une sélection d’œuvres de Burroughs inédites en France.

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Dans l’avant-propos de Rêves d’histoire, Philippe Artières s’interrogeait sur son rapport à une histoire du présent, venant, comme le disait Walter Benjamin, « télescoper » l’actualité. Quels que soient les objets, les archives, ou l’aspect parfois hétéroclite des rêves rassemblés dans le volume, il s’agit pour lui, en héritier de Foucault comme de Perec, d’« écrire une histoire de l’infraordinaire ». Parmi les sources de ce désir d’histoire, Philippe Artières citait promenades, discussions, souvenirs et « la lecture du journal ».

Henri Michaux
Henri Michaux

Au décès du merveilleux Michaux, le bon poète Jean-Pierre Verheggen titrait dans un journal belge : « HENRI MICHAUX MON NAMOUR ». De fait, Michaux était de Namur, donc Wallon et Belge. Mais une fois installé à Paris, il ne voulut plus entendre parler de ses origines. Il ne se considérait en rien comme un écrivain de Belgique tout en gardant des relations avec Hellens ou avec de Boschère. Et déjà, somme toute, il disait NON à tous ceux qui le lisaient — sans doute avec plaisir ou passion — mais tentaient de s’approprier de quelque façon sa personne, son œuvre, son image.
Ainsi, au long de sa vie, Henri Michaux a beaucoup dit NON.

Patrick Varetz © Bianca Fontez

L’abécédaire de Patrick Varetz, écrivain, auteur de Jusqu’au bonheur (2010), Bas Monde (2012), Premier mille (2013), Petite vie (2015), tous publiés chez P.O.L., et plus récemment de Modigliani, une bonté bleue (Invenit, coll « Ekphrasis »), à paraître à l’occasion de la rétrospective « Modigliani, l’œil intérieur » au LaM (du 27 février au 5 juin) : Modigliani, une bonté bleue sera en vente au LaM dès le début de l’exposition, puis en librairie à la mi-avril.

Emmanuelle Pireyre (DR)

Il y a dix jours, j’ai pensé que pour écrire un livre, on doit mixer 10 ingrédients. J’en note un par jour depuis dix jours. Chacun est premier dans mon cœur. Chacun à sa manière a ma préférence. Chacun est précieux et nécessaire. Même s’il se pourrait qu’ils soient incompatibles et que leur coexistence pacifique dans le livre ne soit pas gagnée d’avance.

Écrire aujourd’hui (1) : Véronique Bergen

Veronica Bergen Febrero 2010  (56)

Ma première réaction fut de ne surtout pas écrire sur l’écrire, de ne pas surplomber l’écriture, de ne pas ouvrir ses viscères pour en exposer ses lignes en amont, ses lignes en aval. Ma première réaction fut de me tenir dans l’angle qui interdit qu’on redouble l’écrire en écrire d’écrire, qu’on réfléchisse l’écriture en une méta-écriture.

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Le texte qui ouvre L’Entretien des muses s’intitule « La Terre parle » et pourrait résumer l’écriture de Philippe Jaccottet : l’écriture y est parole et la parole est moins de celui qui écrit que de la Terre. La Terre n’est pas dite, elle parle, ses paroles constituent l’écriture. On comprend la tâche difficile du poète selon Philippe Jaccottet : écrire non pour se dire mais pour que la Terre parle, la laisser dire. L’Entretien des muses réunit ainsi un ensemble de courts essais, rédigés entre 1955 et 1967, que Jaccottet consacre à d’autres poètes — Claudel, Char, Michaux, Ponge, du Bouchet, Dupin, etc. —, et qui suivent la manière dont chacun d’eux crée une écriture qui est de la Terre.