« L’éternelle question ‘la fin justifie-t-elle les moyens ?’ n’a pas de sens en soi. Le seul vrai problème […] est de savoir si telle fin justifie tel moyen. » Saul Alinsky

Aux yeux du philosophe Marc Crépon, l’État est violent par essence, et la non-violence utopique : « À l’origine de tout régime politique, il y a toujours de la violence. Pour savoir quelle est, de deux formes de violence, la plus légitime, nous devons en appeler à un principe qui transcende le droit, qui est celui de la justice. Autant dire que la paix, la non-violence n’existent que dans les intentions d’autant plus sujettes à caution qu’elles ne sont elles-mêmes pas dépourvues d’ambiguïtés. »

La première chose que je voudrais affirmer, bien que cela puisse paraître quelque peu conventionnel, est que Des empires sous la terre de Mohamed Amer Meziane est un livre très important. Il est impressionnant d’érudition et de savoir mais aussi d’élan, de force et d’engagement. C’est un travail considérable qui ne veut pas se contenter d’assembler des connaissances, de raffiner des concepts, mais qui entend défendre une thèse et ouvre ainsi une discussion. Cette discussion a déjà commencé, en France et aux États-Unis, et elle va continuer*. Ce livre est impressionnant, il est provocant dans le meilleur sens du terme mais il est aussi, de mon point de vue, discutable et problématique. Les lecteurs comprendront que, pour moi, cette catégorie n’est pas une catégorie restrictive mais bien affirmative. Être problématique est ce qui est appelé par un travail véritablement philosophique. Un travail philosophique ne règle pas une question une fois pour toutes, au contraire il donne le moyen de refonder et de déplacer des problèmes.