Laura Kasischke
Laura Kasischke

Alors qu’en cette rentrée littéraire les éditions Page à Page publient le premier recueil de poésie de Laura Kasischke (Mariées rebelles), retour sur ses trois derniers romans, disponibles en poche — Conte d’hiver, Les Revenants et En un monde parfait — et parcours de son univers singulier, sondant la complexité du monde sous ses dehors ordinaires.

9782264064042

Tout fait divers est un roman potentiel. Capote ou Norman Mailer, pour en rester au domaine américain, en ont donné les codes, que l’on pense à De Sang froid ou au Chant du bourreau, interrogeant les notions de justice ou de crime, et leurs frontières, et renouvelant le genre de l’enquête. Walter Kirn s’inscrit dans leur lignée, sa route ayant, bien malgré lui, croisé celle d’un héros de fait divers, un mystificateur en série, Clark Rockefeller, l’un des plus grands imposteurs de notre époque, Christian Gerhartsreiter, qui se fit passer pour un Rockefeller. Le point de départ du livre est donc biographique : comment peut-on se laisser abuser par un tel personnage quand on est rompu à la fiction, à ses mystifications ?
Puis, lorsque l’intime a été profondément mis à mal, comment redevenir écrivain et du « rebut inorganisé » (Barthes) faire un récit organisé qui permette de dominer ce que l’on ne maîtrise et n’entend pas ? Walter Kirn, d’abord abusé, fait de la fiction dont Rockefeller se pensait le maître, l’instrument d’un retournement et Mauvais sang ne saurait mentir s’inscrit dans les classiques du genre du roman de faits divers, récit glaçant, au scalpel, d’une aventure du sens. Si, comme l’écrivait Barthes, toujours, dans ses Essais critiques, «  il n’y a pas de fait divers sans étonnement »