Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
la robe marron à sequins
a vécu
gorgée de soleil
de lavages
de bains de mer
parfois
couleur désormais
indéfinissable
elle se désagrège
sur la place du marché
il y a des robes
tissus brillants
satin de polyester
viscose rayonne
(chinois tout ça )
le rouge domine
avec des verts fluo
des bleus turquoise
des ors des jaunes
beurk se dit
l’Algérienne
plus loin
chez un marchand de djellabas
elle trouve du blanc
passer de marron
à blanc strié de fils d’or
une nouvelle vie
elle plie soigneusement
la robe qui lui était chère
celle du voyage
de sa fuite
et de sa délivrance
la robe gît désormais
au fond d’un coffre
parmi d’autres restes
manteaux
chaussures
manuels scolaires
la blonde à ne rien faire
finit par me lasser
mais comment pourrais-je l’abandonner
alors que « ne rien faire » est
une sorte d’idéal
B
dans le déroulé de ses rêves
elle écrivait
c’était formidable
se dit la blonde
qui se demande
ce qu’elle écrivait
il ne s’agissait pas
de son diary
elle écrivait sur
un bloc de papier Rhodia
orange
dans la maison bleue
elle va aux livres
une dizaine d’essentiels
les feuillette
s’immerge dans
Malina ou Rimbaud
dans La Divine Comédie
que d’Enfer !
finit-elle par se dire
si j’écrivais
j’accumulerais les fleurs
rien de tel
pour la couleur
elle se remémore
le jaune légèrement orangé
des Yeux noirs de Susanne
le rouge tendre
ou le mauve fatigué
des poppies
écrire serait
se remémorer ?
se demande la blonde
qui n’écrit pas
aujourd’hui oui aujourd’hui
car la question varie avec le temps
écrire c’est fabriquer des images
restituer (et la blonde aurait raison)
des émotions