Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
Bernard est mort noyé
l’ami de Théo n’a pas
traversé la mer
l’Algérienne caresse les épaules
effondrées de chagrin
de son amant
comment être avec lui
elle a 7 ans
lorsque meurt
sa sœur aînée
toutes les femmes de la famille
l’ont accompagnée
lavée massée bercée
psalmodiant
des chants familiers
l’Algérienne enfant les observait
cachée derrière les claustras
sa mère l’avait chassée
lui assenant
une colère sans rapport
c’est le cinquième du village
soupire Théo
et toi tu partiras ?
Théo prend l’Algérienne
entre ses bras
on dirait que ça sent le thiof
dînons ma princesse
on va dîner les morts ?
B
lorsque le jour advient
comment se réveiller
comment sortir de la nuit
se demande éternellement
la blonde
dépendante de ses nuits
de rêves plaisants
résulte une journée heureuse
( pas toujours
mais quand même )
aujourd’hui matin calme
elle se remémore son rêve
notant sous le titre
Visite à la boulangère :
la boulangère est assise
derrière son comptoir
robe à col montant
chignon serré
et visage glacé
en porcelaine blanche
de poupée ancienne
elle est française
c’est dit dans le rêve
lorsque la boulangère
se lève
son masque tombe
découvrant un visage
de jeune fille
à 6 a.m. l’air est léger
sans s’être douchée
sans même un café
la blonde pleine de vie
enfile sa robe jaune
et attrape un panier
elle est partie
au petit jour
récolter des avocats
chien joyeux sur ses pas
majestueuses
les grandes palmes
aux contours découpés
des bananiers
repassées par la nuit
les petites fleurs grenat
des bougainvillées
qu’on dirait en papier
et l’ombre douce
des manguiers
Potcol réapparu
gambade autour du chien
le singe veut aider la blonde
il ramasse un avocat
ici et là
saute à ses pieds
lui tend le fruit