Le bonheur dans l’amour, disait Proust, est un état anormal. Peut-être est-ce cette terrible et tranchante loi qui résonne aux oreilles de Richard lorsqu’il découvre, un soir, que Maria, sa femme depuis bientôt 20 ans, le trompe. Mais sans doute s’agit-il également ici d’une loi fondatrice du cinéma de Christophe Honoré qui, avec Chambre 212, son splendide nouveau film qui vient de sortir, invente une manière neuve de vaudeville qui entend, par tous les moyens, retrouver l’état anormal dans lequel jette l’amour.

« Il faut tenir, et courir, s’élancer d’une enceinte à l’autre. Papillonner, flirter, continuer la discipline de légèreté. Tenter d’obtenir ce sentiment impur, inachevé et possible du chagrin heureux » confie sans transiger Christophe Honoré, dans l’une des plus belles scènes de Ton Père où, à la manière d’un cristal d’énamoration et de douleur apaisante, le cinéaste raconte, au début des années 1990, sa première vision à Beaubourg d’un spectacle de Dominique Bagouet. Sans doute ces quelques mots qui portent le doux souvenir du jeune Rennais d’alors qui venait comme une ombre tremblante à la capitale voir le spectacle d’un homme bientôt mort du sida pourraient-ils se tenir comme l’exergue confiant et la devise poétique même du splendide Plaire, aimer et courir vite, le plus beau film d’Honoré sorti hier sur les écrans.