Dans Erreur sur la marchandise, l’économiste Amine Messal propose de « reprendre » le libéralisme à ceux qui, selon lui, l’ont vidé de sa substance. L’essai, publié aux Éditions Rue de l’échiquier, se présente comme une tentative de clarification intellectuelle dans un moment où le mot « liberté » semble saturé de sens contradictoires.
Vincent Hein
En 2022 paraissait Les autres ne pensent pas comme nous, le livre majeur du diplomate Maurice Gourdault-Montagne. Trois ans plus tard, alors que les lignes de fracture se déplacent, que les conflits s’enkystent comme de mauvaises tumeurs et que l’Occident découvre, souvent avec retard, que ses idéaux n’éclairent plus le monde avec la même évidence, cet ouvrage s’impose « en force nouvelle ». On y revient, comme on revient toujours aux grands textes de discernement.
La réélection de Benoît Payan à la mairie de Marseille a quelque chose de véritablement paradoxal si l’on prend au sérieux la pauvreté assumée de la campagne qui l’a portée. Non pas une victoire fondée sur un projet, une vision, une promesse de transformation, mais sur un mot d’ordre minimal, sinon indigent : « C’est moi ou le Rassemblement National ! ». Comme si la politique municipale, dans ce qu’elle a de plus concret, d’urbain, de quotidien, pouvait se résumer à une alternative morale, à une sommation électorale.
Quelque chose s’est défait — non dans le fracas spectaculaire des fins annoncées, mais dans un glissement plus insidieux, plus silencieux. La confiance s’est retirée et l’horizon commun s’est obscurci. Ce que nous appelions encore – faute de mieux – « l’ordre du monde » ne tient plus que par habitude de langage. Avec La fin d’un monde, Pierre Haski saisit brillamment cet instant rare où l’histoire cesse d’être un décor pour redevenir une épreuve.
Il suffit aujourd’hui de lever les yeux vers le ciel de l’Europe orientale ou du Moyen-Orient pour comprendre que certaines questions ne vieillissent pas. De l’Ukraine à Gaza, des drones aux missiles hypersoniques, la technique semble avoir perfectionné les moyens de la destruction sans jamais résoudre l’énigme qui la sous-tend : pourquoi les hommes se font-ils la guerre ?
Traduire est toujours une prise de risque, une remise en jeu de la langue, parfois même une mise à l’épreuve de soi. C’est à cet endroit précis, là où beaucoup se contentent de transmettre, que Claro engage autre chose que l’on pourrait considérer comme une sorte de confrontation prolongée avec les textes, leur ambiguïté, leur résistance intime.
L’affaire Epstein ne doit pas sa puissance de sidération à la seule horreur des crimes commis, ni même à la durée de leur invisibilisation, mais à la densité sociale des figures qui continuent de graviter autour de leur auteur bien après une première condamnation pénale… Ce qui s’impose, à mesure que les faits s’accumulent, ce n’est pas l’image d’un complot souterrain, mais celle d’un entre-soi persistant, méthodique, accepté, presque banal, au sommet des hiérarchies occidentales.
Le Vénézuela, l’Iran, l’Ukraine, le Groenland, Minneapolis, et la liste hélas risque encore d’être plus longue… Passons… Ce qui nous plonge désormais en plein réflexe pavlovien. Face aux prises de parole de Donald Trump, face à l’excès de ses formules, à sa grossièreté crasse, à la brutalité de ses attaques, à la pauvreté revendiquée de son vocabulaire, à son imprévisibilité assumée, à ses outrances répétées, à « ce tel niveau de vilénie » – comme aurait dit François Mitterrand–, une interprétation psychanalytique un peu courte surgit comme un diable de sa boite : il est fou !
Publié chez En Exergue, Ma Nuit en plein jour est un livre discret, presque à contre-temps, mais profondément politique au sens le plus exigeant du terme. Pierre-Louis Basse y interroge, avant toute chose, l’état de notre attention collective, notre pouvoir de veille. Non l’attention comme vertu morale ou posture esthétique mais plutôt comme une condition politique minimale. Une capacité à demeurer en somme, à regarder sans consommer, à supporter la durée.