On se souvient des mots de Sartre, au seuil de sa biographie de Flaubert, L’idiot de la famille : « On entre dans un mort comme dans un moulin », phrase reprise par Alban Lefranc en incipit de son Fassbinder. « L’essentiel c’est de partir d’un problème », ajoutait Sartre, faisant de la disjonction vie/mort, œuvre/existence de l’auteur, public/privé, écriture de l’autre/de soi le nœud de toute écriture biographique. Ce problème est celui qu’affronte Janet Malcolm dans La Femme silencieuse, Sylvia Plath et Ted Hughes, récit publié aux éditions du Sous-Sol dans une traduction de Jakuta Alikavazovic.
Ted Hughes
You were the jailer of your murderer –
Which imprisoned you.
And since I was your nurse and your protector
Your sentence was mine too.
Ted Hughes, « The Blackbird » – Birthday Letters
Imaginez le verso d’un calque : un même motif, mimétique mais inversé. Un regard volontairement retourné, un même et autre. Tel est le principe de Ton histoire Mon histoire de Connie Palmen, dès son titre : reprendre l’histoire de Ted Hughes et Sylvia Plath en adoptant le point de vue de Ted Hughes, raconter cette histoire iconique comme s’il l’avait écrite, en faisant de ce roman un centon tant il est innervé de citations, références, reprises, tant de l’œuvre de Hughes que de celle de Plath d’ailleurs.