Gérard Wajcman
Gérard Wajcman

Comme si la chose allait mieux une fois dite, l’usage éditorial veut que figure sous le titre d’un livre la mention de son appartenance. L’usage aime le genre. Ainsi du mot roman. Avant même d’entamer la lecture, ignorant tout de ce qui en constituera l’expérience, aura-t-on vu ce mot qu’un horizon se tracera pour laisser supposer ce qui nous attend.
Ce pourrait être le cas au vu de l’élégante couverture bicolore de format carré du livre qu’on vient de lire, qu’on a posé devant soi avec cette conviction, rare et troublante, qu’il est de ceux qui ne se referment pas. Le mot roman s’y trouve effectivement, écrit en petites lettres noires enlevées sur un gris pâle, juste au-dessous du titre, L’interdit, lui-même suivant le nom de son auteur. Un nom inscrit là sobrement, sans prénom, exposé, comme livré à lui-même, confié à un passage d’encre noire sur fond blanc.

Une petite histoire vraie, j’ai envie de balancer en ce moment, en état d’urgence, comme s’il n’y avait plus de temps à perdre. Une petite histoire vraie, une histoire d’argent. Il y eut une époque dans ma vie où j’ai vécu dans un film, exactement à l’intérieur d’un film. Et c’était génial, le montage était top, jamais de fatigue, pas de temps morts, l’image et la lumière très belles, dialogues réussis, forts, un bon film avec du suspense, des choses économiques, sociales, de beaux décors, du cul et du destin. C’était il y a longtemps, j’étais très jeune, très pauvre et très con.