Manuela Draeger est une figure insaisissable, féérique, évanescente, l’une des quatre signatures publiées de l’édifice post-exotique, une œuvre protéiforme, qui emprunte au conte merveilleux, au surréalisme, au nonsense anglais, qui s’aventure dans la fausse exégèse scientifique, dans la liste de plantes imaginaires, dans des formes littéraires inventées ; une errance dans un monde d’après la débâcle, dans l’espace noir et l’onirisme, dans la puissance de la fiction – mais toujours ce lien puissant, sensuel, premier entre les derniers révoltés, les ultimes survivants, cette communauté de gestes, de désirs, de corps. Arrêt sur Enfance, qui paraît aux éditions de l’Olivier, est le dernier livre publié du post-exotisme avant ce qui sera sa conclusion, Retour au Goudron. C’est l’occasion de revenir, avec celle qui l’a suscitée, sur le parcours de cette œuvre poignante, tendre, féerique, étrange. Entretien.
post-exotisme
Les Filles de Monroe, 45e livre du post-exotisme, est l’histoire d’un malade psychiatrique (ou peut-être deux malades) qui, sous la pression du Parti, doit entrer en contact avec les filles d’un dissident politique par le biais du chamanisme. Ce chaman-commando, racontée selon la puissance et l’humour du désastre, est l’occasion d’explorer l’espace noir d’après la mort, les territoires du rêve et de la révolte, les franges où se brouillent les contours du monde. Exemplifiant encore une fois les principes poétiques de l’œuvre post-exotisme, ce livre est l’occasion d’un grand entretien avec Antoine Volodine, auteur de l’une des œuvres les plus singulières et les plus importantes de la littérature contemporaine.
Bizarre : « qui est difficile à comprendre en raison de son étrangeté ». C’est la nature même du post-exotisme que de provoquer ce sentiment du bizarre, et le nouveau livre de Manuela Draeger ne déroge pas à la règle. Et si, pour comprendre cette défamiliarisation, l’on ébauchait une théorie du bizarre, qui permettrait de lire les hétéronymes de cet édifice littéraire si singulier ?