Encore la bande dessinée ? Ce n’est pas fini, cette histoire ? On veut bien croire qu’il y a eu, récemment – enfin, il y a environ un demi-siècle – une explosion salutaire, suivie par quelques tentatives, de restauration tout d’abord, puis surtout de récupération, qui auront à leur tour provoqué quelques crises où se seront affirmées une, deux, et même trois générations d’auteurs et d’autrices que l’on aurait pu croire à première vue sans attaches, même si, pour une part non négligeable d’entre elles et d’entre eux, plus que respectueux des grandes figures de l’histoire du genre, ou disons du champ (de ruines) où se dressent encore fièrement quelques pierres à l’effigie de héros increvables, à peine érodées par le vent souvent mauvais de l’air du temps.

« Elle me dit son nom, celui qu’elle s’est choisi : ʺNadja, parce qu’en russe c’est le commencement du mot espérance, et parce que ce n’en est que le commencementʺ ». Les lecteurs d’André Breton reconnaîtront cette phrase et cette femme, muse, inspirant un manifeste du hasard, de la « beauté convulsive », de la mise en danger. Nadja, la femme qui sait coucher la réalité sous ses pieds, fait lever de « pétrifiantes coïncidences ». Qui incarne, pour Breton, un idéal surréaliste, au point qu’il niera la femme pour dire la figure, sa séduction, son infinie poésie, sa manière d’être une « idée limite ».