Frappe aérienne drone

Un jour de juin, Michael Turner entre clandestinement dans la maison de ses voisins et amis, les Nelson. Il va provoquer – malgré lui ? – un drame, la mort d’une enfant. Le lecteur ne s’explique pas pourquoi Michael s’attarde devant des photos de famille, regarde longuement des dessins d’enfants, avant de peu à peu comprendre le poids du deuil sur la vie de Michael. Sa femme, Caroline, « correspondante à l’étranger pour une chaîne américaine », a été tuée, un an plus tôt, lors d’un reportage au Pakistan ; victime d’une frappe de drone, ce qu’en vocabulaire mediatico-politique on appelle un « dommage collatéral ». Depuis, Michael vit dans un présent impossible : « Caroline était morte et il s’était retrouvé seul avec la coquille vide de cette réalité entre les mains, privé d’elle et de l’homme qu’elle avait fait de lui. »

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« Le pire, c’est l’hiver », écrivait Marcel Theroux de ces terres Au Nord du monde (2009), quand on laisse derrière soi « les restes de la prétendue civilisation » ; quand, comme l’énonce Cormac McCarthy dans La Route (2007), adviennent « les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie ». C’est cet espace qu’explore à son tour William Giraldi, une terre glacée où « résonnait l’écho obscur de l’esprit du froid », en lisière de toute civilisation, là où se trouve une vérité enfouie, dérangeante, de l’humanité. Un grand Nord dans lequel vacillent repères et certitudes, ouvrant à l’inconnu, à l’infini de la fable.

Capture d’écran 2015-10-03 à 14.09.49On entend une brève, d’abord au conditionnel. Puis confirmée, développée, commentée ad lib. : l’horreur, un centre médical de Médecins Sans Frontières bombardé par l’armée américaine à Kunduz, des morts, des blessés, des disparus. Et l’on pense au très beau J’ai vu un homme d’Owen Sheers, à son roman tout entier centré sur les « dommages collatéraux », collectifs, intimes.