D’un roman à l’autre, le lecteur peut avoir l’impression que Christine Angot n’en finit pas de nous raconter l’inceste dont elle fut victime des « œuvres » de son père, revenant ainsi à chaque fois au tourment qu’elle subit à l’âge de 13 ans. Or, ce n’est pas exactement le cas, même si toute autofiction se prête aisément aux redites. En fait, du roman de 1999 à celui d’aujourd’hui intitulé Le Voyage dans l’Est, il est bien plus qu’une différence de titre et bien plus qu’un déménagement de Christine et de sa mère d’une ville (Châteauroux) à l’autre (Reims). C’est que la reconstitution à laquelle procède ici la romancière se veut dans cette nouvelle version à la fois honnête et exigeante. Et, par rapport à l’œuvre de 1999, nous changeons largement de registre, voulant que le nouveau récit dise le vrai par-delà les emportements et les contradictions de jadis.