Hélène Gaudy

Nul hasard si la fortune nous sourit me souffle à l’oreille un vieux loup de mer. Nous – toi, moi, il ou elle – sommes riches de ce qui nous a éclairés par frottage. Rien n’existe seulement pour (ou par) lui-même. Veilleurs d’un régime, celui des attractions, nous bâtissons des constellations dans ce théâtre de la mémoire où se dépose le plus vécu de notre relation au “réel” (à moins que ce ne soit l’inverse). Là, on emmagasine, on range, on entretient ce qui a don de nous transformer et que l’on désire irrésistiblement partager sans toujours savoir comment s’y prendre. Dans cet intérieur qui est à la fois une demeure de pierre, de verre et d’ardoise et un paysage ouvert aux quatre vents (un terrain vague), le temps s’abolit. Allongés dans l’herbe humide ou sur un quelconque matelas sous les toits, nous nous laissons envahir par ce qui apparaît sans limite (où l’on ne compte plus ce qui s’écoule ; ni ne cherche à prévoir la mesure de ce qui pourrait s’écouler).