Écrire en non-poète sur la poésie, en s’adressant à des non-poètes, tel est le projet de ces constellations « poétiques ». Encore qu’« écrire sur », rien de moins sûr ; disons plutôt qu’il s’agit de passer un peu de temps « avec », autrement dit en compagnie de livres de poésie, avant de tenter de raccorder par montage ce que la mémoire a accroché au cours de ces lectures (mais comme cette dernière a tendance à s’effilocher, glisser quelques signets entre les pages est plus prudent).

Le principe de Terrain vague est de guetter les apparitions – et de surveiller certains retours. Il n’est pas si fréquent d’y consigner des disparitions. On aurait aimé faire exception pour Jerome Rothenberg (New York, 11 décembre 1931 – Encenitas, Californie, 21 avril 2024), mais les mots ne sont pas venus et, comme il est hors de question de tomber dans le piège de la nécrologie préfabriquée (comme dans ces articles en grande partie écrits bien avant l’annonce du décès de la personne sur laquelle on s’étend longuement), on a préféré attendre un peu.

Avoir le goût des formes brèves, des livres peu épais – on dit parfois “plaquettes”, sans que l’on sache si c’est en lien avec le beurre ou avec le sang. Aimer les pages envahies de blanc, pas nécessairement de poésie – mais c’est en ce domaine qu’on en trouve le plus. Avoir le goût d’accumuler ces petits ouvrages, parfois délicatement fabriqués à la main jusqu’à former de sacrées piles, devenues “monstres” (n’oublions pas ce titre trouvé par Jean-Pierre Faye en 1975 pour le n°23 de Change : Monstre poésie).