Deux ouvrages ont récemment paru : La Vie bonne. Notre socialisme (Divergences) puis Autogestion générale. Sortir du capitalisme : méthode (Les liens qui libèrent). Le premier est signé Joseph Andras, écrivain et contributeur régulier à L’Humanité, et le second Guillaume Etiévant, ancien secrétaire national du Parti de Gauche, expert des questions économiques en milieu syndical et co-rédacteur en chef du magazine Frustration. Les deux auteurs ne se connaissent pas, mais le désir de contribuer à un débat plus collectif sur la possibilité d’émergence d’un socialisme à la fois révolutionnaire et démocratique les a conduits à dialoguer. Le tutoiement s’est imposé, tradition égalitaire oblige.

Diacritik publie l’entretien mené par Thanasis Minas pour le média grec O Anagnostis à l’occasion de la parution en grec de leur livre Littérature et révolution (aux Éditions Divergences, 2024). Dialogue entre l’écrivaine et sociologue Kaoutar Harchi et l’écrivain Joseph Andras.

Ça commence, chaque fin d’été, par la palanquée de romans qui paraissent dans le cadre de la « rentrée littéraire ». On dit qu’ils sont 459 cette année, répartis entre la fin du mois d’août, septembre et octobre — 459 romans, dont 68 premiers romans et 148 traductions. Je m’attèle alors à un drôle de travail : je sélectionne.

La littérature féministe est un luxe. « Une révolution inefficace… mais une révolution quand même », écrit Andrea Dworkin, citée en exergue par Azélie Fayolle. La littérature féministe n’a pas donné le droit de vote, n’évitera pas les féminicides, ne libérera pas les Afghanes ni les Iraniennes pas plus qu’elle ne permettra d’augmenter les minimas sociaux, lit-on. La révolution que soulignent Andrea Dworkin et Azélie Fayolle avec elle est celle de l’ébranlement des grandes instances d’écriture par l’affirmation d’un regard féministe sur le monde. Écrire et lire en féministe dans un contexte patriarcal relève du sabotage, du déplacement et d’une réinterrogation critique : « Les féministes ne laissent intacte aucune instance de l’écriture, en minant jusqu’à la possibilité du récit traditionnel et en réinventant l’épique comme les utopies ».