Peut-on réfléchir à « l’avancée de l’Afrique », en précisant chaque fois de quel pays on parle, sans la lier étroitement à l’avancée de la France ? Fatou Diome pose, en écrivaine et en militante, les mêmes questions que celles qu’avance Achille Mbembe, dans son récent essai, Politiques de l’inimitié : « Au vu de tout ce qui se passe, l’Autre peut-il encore être tenu pour mon semblable ? Rendus aux extrémités, comme c’est le cas pour nous ici et maintenant, à quoi, précisément, tiennent mon humanité et celle d’autrui ? La charge de l’Autre étant devenue si écrasante, ne vaudrait-il pas mieux que ma vie ne soit plus liée à sa présence, tout autant que la sienne à la mienne ? […] Si, en définitive, l’humanité n’existe que pour autant qu’elle est au monde et est du monde, comment fonder une relation avec les autres basée sur la reconnaissance réciproque de nos communes vulnérabilité et finitude ? »

« Chaque année, lors de la journée du 20 mars, on est ainsi sommé de se souvenir que l’on  » partage » une langue avec d’autres nations et d’autres peuples. On danse, on chante, on récite de la poésie, on révise sa grammaire et on recompte ses pays membres, tout en retraçant avec fierté la géographie des pays de la planète où la langue dite de Molière a laissé sa marque postcoloniale ».