Etty Hillesum. Un nom que j’ai découvert au détour d’un cours de philosophie morale sur « Le mal ». À la suite de la lecture du Concept de Dieu après Auschwitz, de Hans Jonas, je plonge dans la Vie bouleversée, d’une jeune universitaire dont je n’ai jamais entendu parler. Je découvre alors le journal intime qu’elle a tenu de 1941 à 1943 avant d’être assassinée, ainsi que toute sa famille, à Auschwitz, parce que juive.
Apolline Limosino
Huit ans après My Absolute Darling, Gabriel Tallent signe un nouveau roman virtuose, La Voie. Deux lycéens, Dan et Tamma, poursuivent leur rêve : grimper ensemble toute leur vie. Deux adolescents du désert qui s’échappent de chez eux, la nuit, pour escalader à l’aube, avant d’aller en cours. Deux amis évoluant dans des familles désargentées, fumant des joints et rêvant de faire corps aux canyons. Un roman d’escalade subversif, où « espérer est synonyme de terreur et d’exposition ».
Après un premier roman paru chez Gallimard sous un nom de plume, Anna Méril signe de son vrai nom Les Fruits rouges, aux éditions Le nouvel Attila. Ce récit comble l’absence de littérature sur la fausse couche (terme revendiqué par l’autrice). Et parvient à trouver la fréquence d’une perte encore peu audible.
Laure Martin : « l’inceste ne se dit pas ; l’inceste réécrit tout ». (Mes pieds nus frappent le sol)
Pourquoi ce qui anéantit échappe ? C’est dans ce paradoxe que le récit habite. S’armant de mots, Laure Martin écrit l’inceste alors qu’il « ne se dit pas », qu’il s’oublie avant de « tout réécrire ». C’est un livre à l’air raréfié, où une enfant de « six ou sept ans » décrit sa mémoire comme « une feuille de salade trouée par la limace », sauf que « la limace, c’est le zizi de Papi. » En donnant à lire l’inceste qu’elle a subi dans son enfance par son grand-père maternel, Laure Martin revient sur toutes les violences sexuelles que ce crime initial et ce traumatisme ont rendu possibles.
« On sait encore trop peu ce que les femmes veulent, érotisent », souligne Emmanuelle Richard, dix ans après la parution de son récit Pour la peau (L’Olivier) sur sa relation toxique avec un homme qu’elle aimait « plus que tout, plus que [s]a vie même ». Avec Première amoure, texte hybride, mi-autofiction, mi-essai personnel, Emmanuelle Richard crée les images manquantes du désir de femmes hétéra dans une perspective joyeuse, avec l’exaltation des sens et la jouissance », substituant la culture de l’horizontalité des rapports à la culture du viol.